Victor Julien-Laferrière couronné au Reine Elisabeth consacré pour la première fois au violoncelle (Palmarès)

Rédaction en ligne

Le bilan,

par Nicolas Blanmont

Palmarès un peu inattendu pour la première session violoncelle. Karizna cinquième seulement.

C’est à minuit pile que le jury a fait son entrée sur la scène, la Reine Mathilde et la Princesse Elisabeth étaient restés pour suivre le palmarès depuis la loge royale de la salle Henry Le Bœuf. Et Arie Van Lysebeth, après avoir rappelé que c’est dans cette même salle que David Oïstrakh avait été couronné voici 80 ans, a suscité une certaine surprise en annonçant les résultats. Le premier prix va au Français Victor Julien-Laferrière , auteur il est vrai d’une superbe prestation ce samedi soir tant dans l’imposé d’Hosokawa que dans le premier concerto de Chostakovitch. De quoi étayer encore le principe selon lequel la majorité des vainqueurs du Concours jouent le dernier soir, même si les bookmakers donnaient plutôt la faveur à l’autre candidat de ce samedi soir.

Le deuxième prix va à Yoya Okamoto , dont le superbe concerto de Dvorak, plein d’aisance, avait été admiré jeudi soir. Médaille de bronze enfin pour le jeune Colombien Santiago Canon-Valencia , cette fois avec les cheveux libérés, auteur lui aussi – vendredi – d’un très beau Chostakovitch.

Le quatrième prix va au Français Aurélien Pascal – Chostakovitch encore - , et il faut finalement attendre la cinquième place pour voir couronné Ivan Karizna : poliment mais fermement, le public revenu dans la salle Henry Le Bœuf manifeste son dissentiment en se levant comme un seul homme pour lui rendre hommage. Sixième prix enfin pour l’excellent Américain Brannon Cho . Et, selon l’usage, les six autres lauréats – Sihao He, Seugmin Kang, Maciej Kulakowski, Christine Lee, Yan Levionnois et Bruno Philippe – sont ensuite proclamés en ordre alphabétique.

Sur les six lauréats classés, cinq auront joué le premier concerto de Chostakovitch. Nul doute que ce choix inspirera les candidats lors des prochaines sessions !



Voici le palmarès du Concours Reine Elisabeth 2017 consacré au violoncelle annoncé en présence de la reine Mathilde et de sa fille, la princesse Elisabeth de Belgique:


Le Premier prix: Victor Julien-Laferrière

GRAND PRIX INTERNATIONAL REINE ELISABETH

Prix Reine Mathilde
25.000 EUR


Pour un jeune musicien, un titre de lauréat à Bruxelles est un formidable tremplin pour une carrière internationale.

Parcours : Victor Julien-Laferrière a étudié au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, puis avec Heinrich Schiff à l’Universität für Musik und darstellende Kunst de Vienne, et au Mozarteum de Salzbourg avec Clemens Hagen. En 2012, il a remporté le Premier Prix ainsi que deux prix spéciaux au Concours du Printemps de Prague. En compagnie d’Adam Laloum et Mi-Sa Yang, il a fondé le Trio Les Esprits, qui est en résidence à la Fondation Singer-Polignac et qui a fait paraitre son premier CD chez Mirare en 2014. Sous le même label, un disque de sonates paru avec le pianiste Adam Laloum a reçu un Diapason d’Or en 2016. Victor Julien-Laferrière a joué avec des formations telles que l’Orchestre Philharmonique de Radio France et l’Orchestre National d’Île-de-France, et des artistes comme Augustin Dumay, Renaud Capuçon, David Grimal ou encore Antoine Tamestit.


Voici notre critique de sa prestation lors de la finale:

La dernière soirée de cette semaine de finale s'ouvre avec le Français Victor Julien-Laferrière, 26 ans, une des personnalités les plus affirmées et les plus inspirées de cette session (qui n'en manqua pas), un musicien ayant déjà accompli un vrai parcours professionnel, y compris la fondation d'un trio à clavier de haut niveau. On ne connaît pas le nom de son violon mais c'est une violon ancien (1720) au sonorités riches et puissantes, avec un registre grave particulièrement profond. De quoi aborder Sublimation de Toshio Hosokawa en conquérant ; puisqu'il s'agit, selon le "pitch" livré par le compositeur, du dialogue entre un homme et la nature (représentée par l'orchestre), on observera que cette nature est ici apprivoisée de main de maître.

Tout comme Ivan Karisna - que l'on entendra également ce soir - Victor a choisi de donner le premier concerto de Chostakovitch, cela fera donc le cinquième de la semaine. De quoi disposer de quelques points de comparaison et de pouvoir observer d'emblée que le musicien privilégie une approche "classique" de cette partition : tempo modéré mais soutenu, sonorités pleines et chaleureuses, sens de la construction plus que de la narration, pas d'anecdote, ni de fioriture, ni de second degré, on est dans la grandeur et la beauté, point. Le mouvement lent, déployé dans des sonorités sublimes, est d'une ampleur inédite et chargé, doté plutôt, d'une émotion d'autant plus poignante que tout est ici naturel, comme inventé sur place, dans un temps propre, dilaté à l'infini, en totale osmose avec l'orchestre et le chef.

La sensation sera plus prégnante encore dans la Cadenza au cours de laquelle le musicien tiendra son public captif de sa respiration, de sa pulsation, de ses silences, toujours dans la plénitude et le raffinement. Cette ambiance sonore et esthétique prendra encore de tout autres couleurs dans le finale, que l'on entendit si souvent grinçant, sauvage, burlesque, et qui, ici, sans pour autant lâcher l'étreinte, gardera un caractère de maîtrise distanciée. Alternatif et convaincant.


Deuxième prix: Yuya Okamoto

PRIX DU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL BELGE,
offert par la Politique scientifique fédérale - Prix Eugène Ysaÿe
20.000 EUR

Voici notre critique de sa prestation lors de la finale:

Les fossettes malicieuses en embuscade derrière le manche de son instrument, les grandes lunettes (certes, carrées plutôt que rondes) ou la mèche de cheveux noirs jais devant les yeux : Yoya Okamoto est-il le cousin nippon d’Harry Potter ? Le jeune Japonais n’a pourtant pas besoin de sorcellerie pour aborder le « Sublimation » de son compatriote Toshio Hosokawa, qu’il traverse avec une assurance sereine et le sourire aux lèvres. Embrassant du regard sa partition, il n’a même pas besoin de tourner les yeux vers la gauche pour savoir qu’Hagrid Denève veille sur lui.

Entre eux, la symbiose est parfaite, même si on aimerait parfois que le chef français réduise le volume de son Brussels Philharmonic pour mieux entendre le soliste, constamment en recherche de la nuance juste. Le désormais fameux passage sans archet du milieu reste pizzicato plus que pizzikoto , les vibratos réalisés n’étant pas toujours payés de l’effet sonore escompté, mais Okamoto impose une lecture à la fois rapide et légère : sans bouleverser, le résultat ne manque ni d’allant ni d’allure.

Le même parti-pris de simplicité et de décontraction fera merveille dans le concerto en si mineur de Dvorak. A 22 ans seulement, le candidat sait doser très précisément chaque toucher et chaque attaque pour atteindre l’effet juste sans jamais forcer la dose. Et il sourit sans cesse. Mais là où Christine Lee adressait aux étoiles ses sourires extatiques, son collègue japonais réserve à ses collègues musiciens un sourire complice de vieux routier à qui on ne la fait plus et qui gère tranquillement. Comme si ce concerto tchèque composé dans le nouveau monde nous disait déjà, avec un demi-siècle d’avance, « Let the good times roll ».

Donné avec la même économie de moyens, l’adagio central émeut forcément, mais d’une émotion tout en pudeur, comme une larme furtive qu’on essuie vite mais qui fait se sentir bien. L’allegro final reste sobre et élégant : son instrument – un beau Testore de 1746 – n’est pas le plus puissant, mais le candidat a l’honnêteté de ne pas chercher à le gonfler. Une lecture tout à la fois intelligente et intègre.


Troisième prix: Santiago Cañón-Valencia

PRIX COMTE DE LAUNOIT
17.000 EUR

Voici notre critique de sa prestation lors de la finale:


Tout au long des trois semaines d’épreuve de ce premier Concours Reine Elisabeth pour violoncelle, on aura admiré dans le programme la photo d’un Santiago Canon-Valencia façon play-boy, lunettes fumées, chevelure sous les épaules et sourire désarmant. Mais, à chacune de ses apparitions sur scène, on l’aura vu plutôt sérieux, avec des lunettes d’intello et les cheveux impeccablement tirés en arrière dans un austère chignon.

Détail sans importance ? Sans doute, mais c’est la première pensée qui vient à l’esprit pendant sa lecture de "Sublimation". La faute n’en incombe pas au candidat colombien, irréprochable techniquement et capable comme peu d’autres de faire sonner chaque passage de la partition. Mais on en vient à se dire – après dix exécutions sur douze – qu’il n’est pas possible d’exprimer grand-chose dans l’imposé de cette année, fût-il signé d’un grand nom de la musique contemporaine.

On se concentre donc sur l’orchestration – décidément splendide – ou sur l’anecdote : là où Christine Lee avait cassé deux cordes la veille, Canon-Valencia perd un instant son archet, expédié en contrebas de son estrade par le bras fougueux de Stéphane Denève. Heureusement, c’est pendant un moment de silence du soliste, et un spectateur du premier rang le lui ramasse et le lui tend. Ni vu ni connu.

C’est donc une fois encore le "grand" concerto qui constituera le moment déterminant de la prestation. Le mi bémol majeur op. 107 de Chostakovitch à nouveau, un choix qui suscite des attentes particulières chez un artiste qui, en demi-finale, avait donné une mémorable interprétation de la sonate en ré mineur du même compositeur.

Techniquement, le Colombien ne déçoit pas : sa maîtrise est souveraine, et son instrument – signé Wayne Burak, un facteur texan contemporain – sonne superbement. Mais, si chacun des quatre mouvements trouve le ton juste, si les attaques sont nettes et précises, si l’étendue des dynamiques semble idéale, on reste un peu sur sa faim : là où d’autres ont, dans le même concerto, donné toute leur âme et ont serré la gorge du public, le Colombien contrôle tout, mais semble moins investi.


Quatrième prix: Aurélien Pascal

PRIX DES GOUVERNEMENTS COMMUNAUTAIRES DE BELGIQUE,
offert cette année par le Gouvernement de la Communauté germanophone
12.500 EUR


Cinquième prix: Ivan Karizna ( également honoré par le Prix du public Musiq3 - RTBF )

PRIX DE LA REGION DE BRUXELLES-CAPITALE
10.000 EUR


Sixième prix: Brannon Cho

PRIX DE LA VILLE DE BRUXELLES
8.000 EUR


Les 6 lauréats non-classés:

Sommes offertes par La Loterie Nationale
4.000 EUR


Victor Julien-Laferrière couronné au Reine Elisabeth consacré pour la première fois au violoncelle (Palmarès)
©DR


Les 12 violoncellistes qui étaient en finale :

Santiago Cañón-Valencia ,

Brannon Cho ,

Sihao He ,

Victor Julien-Laferrière ,

Seungmin Kang ,

Ivan Karizna ,

Maciej Kułakowski ,

JeongHyoun (Christine) Lee ,

Yan Levionnois ,

Yuya Okamoto ,

Aurélien Pascal ,

Bruno Philippe .