Opéra: le timbre d'argent, quand Saint-Saëns se lâche

LE TIMBRE D'ARGENT drame lyrique en quatre actes de Camille Saint-Saens livret de Jules Barbier et Michel Carre cree en 1877 au Theatre National Lyrique de Paris derniere version creee en 1914 a La Monnaie de Bruxelles direction musicale Francois-Xavier Roth mise en scene Guillaume Vincent decors James Brandily creation video Baptiste Klein costumes Fanny Brouste lumieres Kelig Le Bars choregraphie Herman Diephuis magicien Benoit Dattez assistant direction musicale Jordan Gudefin assistant mise en scene Celine Gaudier assistant decors Pierre-Guilhem Coste assistante costumes Peggy Sturm chef de chant Mathieu Pordoy chef de choeur Christophe Grapperon Circe / Fiammetta Raphaelle Delaunay Conrad Edgaras Montvidas Helene Helene Guilmette Spiridion Tassis Christoyannis Benedict Yu Shao Rosa Jodie Devos danseurs Aina Alegre, Marvin Clech, Romual Kabore, Nina Santes choeur accentus orchestre Les Siecles production Opera Comique coproduction Palazzetto Bru Zane - Centre de musique romantique francaise
LE TIMBRE D'ARGENT drame lyrique en quatre actes de Camille Saint-Saens livret de Jules Barbier et Michel Carre cree en 1877 au Theatre National Lyrique de Paris derniere version creee en 1914 a La Monnaie de Bruxelles direction musicale Francois-Xavier Roth mise en scene Guillaume Vincent decors James Brandily creation video Baptiste Klein costumes Fanny Brouste lumieres Kelig Le Bars choregraphie Herman Diephuis magicien Benoit Dattez assistant direction musicale Jordan Gudefin assistant mise en scene Celine Gaudier assistant decors Pierre-Guilhem Coste assistante costumes Peggy Sturm chef de chant Mathieu Pordoy chef de choeur Christophe Grapperon Circe / Fiammetta Raphaelle Delaunay Conrad Edgaras Montvidas Helene Helene Guilmette Spiridion Tassis Christoyannis Benedict Yu Shao Rosa Jodie Devos danseurs Aina Alegre, Marvin Clech, Romual Kabore, Nina Santes choeur accentus orchestre Les Siecles production Opera Comique coproduction Palazzetto Bru Zane - Centre de musique romantique francaise ©PIERRE GROSBOIS
Nicolas Blanmont, Envoyé spécial à Paris

Exhumation d’un objet lyrique atypique. Avec une Jodie Devos souveraine. 

C’est à Paris, en 1877, que Camille Saint-Saëns créa "Le Timbre d’argent" : un opéra qu’il avait déjà achevé douze ans plus tôt, et dont la dernière version, encore remaniée, serait donnée à la Monnaie en 1914. Une sorte d’opéra maudit dont un critique écrivait alors : "Jamais opéra ne subit plus de transformations, ne rencontra plus d’entraves, ne fut […] offert à plus de théâtres que ce malheureux Timbre d’argent." Un opéra assez atypique aussi, dont le livret évoque "Faust" ou "Les contes d’Hoffmann" et dont la musique fait référence notamment à Gounod, Wagner, Auber ou Berlioz.

Timbre-poste ? Timbre de voix ? Non. Le timbre ici est une de ces petites sonnettes qu’on frappe pour appeler un valet ou un portier. Celui que détient Conrad, jeune peintre raté et malade, est magique : son propriétaire voit couler l’or à flots chaque fois qu’il l’utilise mais, aussitôt, une personne de son entourage tombe morte. Et comme Conrad aime Fiametta, une danseuse que n’attire que la richesse, il est tenté d’y recourir même s’il en sait le terrible prix. Signé Barbier et Carré - les auteurs des "Contes d’Hoffmann" - le livret narre l’écartèlement du jeune homme entre le bien - sa fiancée Hélène, sa belle-sœur Rosa et son ami Benedict - et le mal - Fiametta et son acolyte Spiridion, un méphistophélétique Baron qui n’a de cesse de le voir user du timbre maléfique.

Le spectateur est, lui aussi, écartelé entre des pages d’une musique très raffinée - duos élégiaques, chœurs lyriques, orchestration parfois très recherchée - et d’autres où la partition se fait triviale, frisant même le music-hall. Le personnage de Fiametta, aussi, met mal à l’aise : un vrai rôle dansé, avec donc des pages instrumentales (pas les plus subtiles) mais aussi, ici, une chorégraphie qui, plus d’une fois, frise la vulgarité.

Magie et inventivité

Avec ce qu’il faut de magie et d’inventivité, la mise en scène de Guillaume Vincent et la direction musicale de François-Xavier Roth excellent à magnifier tout le potentiel de l’œuvre. Orchestre d’instruments anciens (Les Siècles), chœur aguerri (Accentus) et distribution vocale des plus solides sont d’autres atouts. Mention spéciale pour le ténor chinois Yu Shao, ancien de la Chapelle Reine Elisabeth au français impeccable, pour Hélène Guilmette, lauréate du Concours Reine Elisabeth chantant ici enceinte jusqu’aux yeux, pour Tassis Christoyannis (Spiridion) et pour une Jodie Devos en grande forme dans le rôle délicat de Rosa.

Paris, Opéra-Comique, jusqu’au 19 juin, www.opera-comique.com. Diffusion sur France musique le 2 juillet à 20h.