Placebo et les larmes adolescentes aux Ardentes (PHOTOS)

Nicolas Capart

Un samedi soir à Liège. Troisième round des Ardentes, qui depuis leur coup d'envoi jeudi n'ont cessé de rougir. Le menu de la journée se faisait moins rap et plus éclectique, aux bons soins de la clique franco-tournaisienne de la capitale Mountain Bike, des zinzins Parisiens de La Femme ou encore des incontournables Experimental Tropic Blues Band – régionaux de l'étape et valeur plus que sûre quand il s'agit de décapsuler les festivités – signataires de la prestation la plus rock'n'roll de cette douzième cuvée.

Placebo et les larmes adolescentes aux Ardentes (PHOTOS)
©Michel Tonneau

La Femme.

Quelques heures avant le trio liégeois, sur ces mêmes planches de la Rambla, c'est un quatuor malien cette fois, qui offrait sans surprise l'un des meilleurs concerts livrés sur les bords de Meuse ces dernières 72 heures. Exilé du Mali pour fuir la Charia et la guerre civile, Songhoy Blues fut l'une des excellentes surprises du Dour festival il y a deux étés. Depuis, nous n'avons cessé de suivre des yeux et des oreilles la trajectoire de ces musiciens surdoués, mêlant leur amour du rock occidental à leurs racines musicales pour un cocktail auquel aucun bassin ne saurait résister. Une fois encore, ces quatre-là furent brûlants et firent pousser sourires et déhanchés sans la moindre difficulté. L'Afrique musicale, c'est toujours un succès.

Placebo et les larmes adolescentes aux Ardentes (PHOTOS)
©Michel Tonneau

Songhoy Blues.

Si le hip hop reprenait un instant ses droits (et de fort belle manière), aux bons soins du rappeur préféré des mamans Mac Miller, c'est une autre arrivée imminente qui, dans les premiers rangs, faisait trépigner et monter la chaleur. Placebo a vingt ans de carrière. Ça ne nous rajeunit pas. Mais, quand on observe l'épiderme de Brian Molko de près, on se dit que le temps nous a néanmoins épargnés. Sa voix, par contre, est parfaitement conservée, personne ne pourra le contester.

Placebo et les larmes adolescentes aux Ardentes (PHOTOS)
©Michel Tonneau

Mac Miller.

Miroir, miroir...

La foule est prête et concentrée, le parterre est serré, moins que pour Sean Paul ou Booba les deux précédentes soirées (les temps changent sieurs-dames…), mais néanmoins bien achalandé. Et les premiers accords de "Pure Morning" se mettent alors à résonner. Les tubes d'antan se succèdent, ceux qui jalonnèrent deux décennies de carrière, dont nous n'aurons envie de retenir qu'une courte première. L'éponyme "Placebo", "Whitout You I'm Nothing" et "Black Market Music", trois premières plaques du groupe dont certaines pistes ("I Know", "Bruise Pristine", "36 Degrees", "Burger Queen", "Black Eyed", etc.) marquèrent au fer rouge notre cerveau de rockeur adolescent. Jusqu'à ce qu'on ne perde la bande à Molko à l'entame des années 2000…

Dans le public, c'est l'euphorie, les bras levés, les embrassades, les pupilles dilatées, les gorges déployées... A quelques mètres de nous, deux jeunes filles tournoient jusqu'à en trébucher et pleurent à chaudes larmes, au fil ce qui ressemble à jolie déclaration d'amitié. Certes, le houblon aura sans doute joué dans l'intensité, mais ladite liesse était sincère, et les demoiselles visiblement émues par l'instant qu'elles vivaient. Un effet nostalgie et liesse que seul, peut-être, le rock de stades est à ce point capable de provoquer ?

Voilà donc un groupe qu'on aura sans doute jadis autant adulé que depuis détesté. Une relation amour-haine à laquelle la personnalité de ce leader au charisme anxiogène et à l'ego surdimensionné aura sans doute participé. Mais l'on mentirait à dire que ce concert était mauvais. Derrière Brian Molko, les petites mains n'ont pas cessé de cogner. Et lui, comme la star du club qui claque tous les buts mais se la raconte, se la joue perso et nie systématiquement les entraînements, a toujours l'arrogance des grands. Sans "Every Me Every You" hier soir, mais avec un implacable "Nancy Boy", Placebo reste une très belle bécane rock.