Boris Brejcha : "Je ne comprends pas pourquoi les gens vont à Berlin pour faire la fête"

Boris Brejcha : "Je ne comprends pas pourquoi les gens vont à Berlin pour faire la fête"
©Boris Brejcha D.R.

Le chevalier masqué est de retour ! Quelques semaines à peine après ses prestations cinq étoiles à Dour et Tomorrowland, Boris Brejcha s'offre quatre heures de set et un sold out dans le club techno le plus tendance du moment : le Kompass de Gand. Rencontre avec le natif de Mannheim, créateur de son propre genre (la High Tech Minimal) et propriétaire de son label (FCKNG Serious), quelques heures à peine avant son entrée en scène.

Avant les sets, vous avez toujours l'air relativement endormi. Mais une fois sur scène, c'est une débauche d'énergie. Comment se fait cette transition ?

Ah, je ne savais pas que j'avais l'air si fatigué (rire). En réalité, je suis juste quelqu'un de très détendu, vraiment, mais tout cela change lorsque je dois monter sur scène parce que je stresse systématiquement. Ce qui est à la base de la stimulation que je ressens une fois en piste.

Vos shows sont très construits, il y a un vrai sens du spectacle, tout cela est longuement préparé ?

Le masque, d'abord, est un élément essentiel. Il crée 50% de ma personnalité publique parce que l'assistance peut immédiatement s'identifier au personnage. Les light shows et les visuels installent une atmosphère. Et puis il y a le fait que je ne joue que mes propres morceaux. Je les connais tous sur le bout des doigts, et cela me permet de construire très facilement une structure narrative, une histoire, qui donne une cohérence à l'ensemble. Après, tout est une question de contexte. Si le public est réactif à mes compositions, ça me donne littéralement la chair de poule.


Vous avez commencé par pratiquer l'un ou l'autre instrument de musique, avec une quelle influence sur vos compositions actuelles ?

Mon père était batteur dans un groupe et mon demi-frère était super doué aux claviers, donc j'ai joué de ces deux instruments par moi-même assez rapidement. Un peu plus tard, j'ai rejoint un groupe de rock, mais je m'ennuyais. Les membres voulaient essentiellement jouer des reprises de groupes connus et j'étais vraiment frustré à l'idée d'être cantonné à la batterie et de ne pas pouvoir prendre la basse, les claviers ou la guitare. Alors j'ai décidé de faire de la musique en solitaire. J'ai commencé à bidouiller quelques sons sur ordinateur, essentiellement de la guitare et de la batterie, avant qu'un ami du lycée me fasse découvrir la techno hardcore. Ce fût une véritable révélation. Je n'avais jamais rien entendu de pareil et je savais que c'est ce que je voulais faire. Mes compositions actuelles résultent de ce mélange. Et cette maîtrise des claviers est essentielle pour moi, car j'estime que la mélodie est centrale dans la musique électronique, bien davantage que le "boom boom boom".

Boris
©Boris Brejcha D.R.


Vous avez baptisé votre genre "High Tech Minimal", qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ?

Quand j'ai sorti mes premières compositions, il y a dix ans, la techno minimale était à la mode. J'ai commencé à en faire, mais après deux ans, c'est devenu extrêmement ennuyeux. Alors je me suis mis à mélanger mes différentes influences : la techno, la minimale en question, et la transe par laquelle j'ai commencé ma carrière et qui explique sans doute le côté mélodieux de mon style. Le problème, c'est que quand vous ne figurez dans aucune catégorie, les gens ne comprennent pas très bien ce que vous faites. J'ai inventé ce nom pour être tranquille, pour que le public puisse plus facilement identifier ma musique.

Boris
©Boris Brejcha D.R.


Vous tournez énormément, en France notamment. Beaucoup de DJ's/producteurs dénoncent les excès de live. Cela vous affecte aussi ?

Oui, je pense que ça arrive à tout le monde. Au final, le temps qui vous reste pour composer de la musique est extrêmement rare, car vous passez vos week-ends à jouer, voyager, et la semaine, vous avez beaucoup d'autres choses à régler. Moi, du coup, j'ai un planning strict qui est affiché dans ma cuisine (rire). C'est "famille et paperasse" le lundi, "studio sans téléphone" du mardi au jeudi, et le week-end pour les tournées. Cette année on a aussi instauré deux mois de break d'affilée, et je pense que je passerai à trois l'année prochaine. C'est la seule solution pour réellement déconnecter.


Vous êtes allemand, originaire de Mannheim. Est-ce que vous faites partie d'une certaine tradition techno germanophone ? Le pays est particulièrement reconnu dans le domaine, Berlin est pratiquement devenu une marque. Vous vous y reconnaissez ?

Non (rires). Ce qui m'amuse, c'est que vous parliez de Berlin. Je vais vous dire un truc, j'ai joué cinq fois à Berlin, et tous les gens qui disent que c'est la meilleure ville du monde pour la techno se trompent. Il y a énormément d'endroits bien plus excitants à travers le monde, et même en Allemagne si vous prenez Munich ou Augsburg, dans le sud. Je ne comprends vraiment pas pourquoi les gens vont à Berlin pour faire la fête. J'ai le sentiment de faire partie du monde de la musique électronique, mais je ne me sens pas particulièrement allemand à ce niveau.

Boris Brejcha, en concert au Kompass (Gand), ce vendredi soir (Sold Out)