Concours Reine Elisabeth: Shannon Lee réveille Flagey

Mozart s’ennuie. Heureusement, une pétillante Américaine redonne gout à la musique.

Nicolas Blanmont
Reine Elisabeth: Shannon Lee réveille Flagey
©http://cmireb.be

Mozart s’ennuie. Heureusement, une pétillante Américaine redonne gout à la musique.

Le poste de directeur musical de l’ORCW sera vacant en fin d’année, et il se dit que l’orchestre wallon a invité les principaux candidats à le diriger ces prochains mois. Pour Jean-Jacques Kantorow, c’est tous les jours cette semaine à Flagey: le chef et violoniste français, qui a succédé à Frank Braley pour accompagner les concertos de Mozart, lui succédera-t-il tout court en décembre ? Un autre suspense en marge de celui du concours…

Mio Yoshie, 23 ans, a opté pour le concerto en la majeur K. 219. L’archet de la Nippone est grâcieux, et ses phrasés raffinés. Mais sa lecture, techniquement irréprochable jusque dans les cadences de Joachim (hormis un peu de fatigue au final), est dépourvue de toute originalité, aspérité ou expressivité. On s’ennuie d’autant plus longtemps que ses tempi sont assez lents.

Meruert Karmenova, 25 ans, vient ensuite avec le concerto n° 4, lui aussi en version Joachim : le style est plus vif, mais la sonorité moins pure, et plusieurs accidents entachent des passages pourtant peu exposés. Stress du début ? Sans doute. Les désordres s’apaisent (ils reviendront sur la fin) mais, du coup, la Kazakh tombe dans un style superficiel qui peine à retenir l’attention.

Le réveil viendra après l’entracte. Accompagnée de Victor Asuncion, Shannon Lee, 26 ans, ouvre son récital avec un imposé de Van Camp ludique à souhait : l’Américaine ne recherche ni le sens caché ni le beau son, mais son engagement décidé, servi par un impeccable sens du rythme et une grande maîtrise technique, suscite l’adhésion. Même générosité et même franchise dans la première sonate d’Ysaÿe, suivie d’une deuxième sonate de Brahms passionnée et passionnante, même si non exempte de très légères approximations. Son feu d’artifice final sera la version d’Heinrich Wilhelm Ernst du Erlkönig de Schubert, jouée avec une très belle tension dramatique. Tellement virtuose et brillant qu’on ose à peine dire qu’il doit sans doute être possible d’y être encore un peu plus parfait.

Eva Rabchevska, 22 ans, fait impression aussi dans Scherzo-Bagatelle par sa virtuosité et son imagination. Après une sonate d’Ysaÿe bien en place, elle aborde la sonate en sol mineur de Debussy avec José Gallardo : la sonorité est belle, mais il manque à sa lecture la distance et la réserve amusée que seul l’âge peut sans doute donner. L’Ukrainienne termine brillamment avec le caprice d’Ysaÿe d’après Saint-Saëns : du grand art !


Sur le même sujet