Le fabuleux concept des siestes sonores

Un duo de musiciens belges propose d’oniriques et très relaxants concerts itinérants.

En voilà deux qui ont de la chance : il fait absolument sublime, ce mardi 30 mars. L’invitation à venir assister à une “sieste sonore” dans le parc de la Ferme de Wahenge à Beauvechain sous un soleil radieux est irrésistible, même si le concept, lui, reste relativement obscur. Pendant que des milliers de Belges envahissent les plages et autres parcs des grandes villes pour respirer un peu, une dizaine de personnes vient donc joyeusement roupiller dans l’herbe, le temps d’un concert d’une petite quarantaine de minutes.

Des casques, pour se rapprocher des oreilles

Quelques transats traînent ci et là, un Food Truck vidé et réaménagé pour l’occasion héberge les deux musiciens qui ont organisé l’événement, et c’est à peu près tout. Pas de bar, baffles ni toilettes. Les champs, bosquets et sentiers s’étendent à perte de vue. Même lorsque Julien de Borman (accordéon diatonique) et Sébastien Willemyns (claviers, violon) entament leur prestation, aucun son ne vient troubler la quiétude des environs. Des casques ont été distribués à l’audience distanciée, pour faire de la bulle sociale, une bulle musicale.

Le fabuleux concept des siestes sonores
©JL Flémal

“Nous voulions être plus proches des oreilles des gens” commente Julien de Borman. “Notre musique est atmosphérique, aérienne, conçue comme une sorte de paysage sonore laissant un espace à la pensée et l’intime. Le confinement nous a contraints à travailler au casque, à vivre cette intimité, et nous avons réalisé que les concerts aussi, devaient préserver cette proximité.”

Chaque casque émet jusqu’à 500 m du Food Truck érigé en scène. Libre à chacun de dormir, danser, rêvasser mais aussi marcher, errer, se perdre dans les lieux. “L’idée est simplement de pouvoir jouer n’importe où” précise Julien de Borman “Une ferme, un champ, un bois, voire un musée, une cour d’école ou un marché. Plus qu’une sieste, ce concert est conçu comme un voyage, une pause, un moment suspendu où musique et cadre se subliment l’un et l’autre”.

Avis aux programmateurs

Là, allongé dans l’herbe, les yeux rivés sur le ciel, le corps laisse filer l’âme. Les sons doux, précis et bienveillants de Sébastien Willemyns invitent à l’introspection. L’accordéon de son complice y ajoute mélodie et légèreté. “Nous avons énormément travaillé sur les textures” commente le claviériste, qui a délaissé le piano classique (plus difficile à faire rentrer dans un Food Truck nous direz-vous) pour se concentrer sur “de vieux claviers” comme le Fender Rhodes ou le Philicorda. “Il y a un côté thérapeutique, cette musique nous fait du bien, et on espère que c’est aussi le cas pour les auditeurs”.

Le fabuleux concept des siestes sonores
©JL Flémal

Musiciens professionnels formés au jazz, au classique, et à la musique folklorique, les deux camarades ont un nom : Flygmaskin, qui signifie “Machine volante” en suédois. Quatuor devenu duo, le groupe cherche des programmateurs, festivals, centres culturels et autres, que le projet intéresserait. “L’été approche, on pourra sans doute jouer un peu plus, c’est le bon moment pour nous lancer” précisent-ils. Ce mardi midi, seules dix petites paires de mains rougies par le soleil les applaudissent, et pourtant, l’émotion est palpable. “C’est ce qui nous nourrit” lâche Julien de Borman, tout rouge lui aussi. “Si on nous coupe cette énergie, on dépérit”.

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