Un dépucelage récent mais jouissif des oreilles à la découverte de Basement Low End

Comme la première fois. Les journalistes de "La Libre" vous racontent leurs émois artistiques, le souvenir d'une première fois, d'une découverte culturelle.

Un dépucelage récent mais jouissif des oreilles à la découverte de Basement Low End
© D.R.

Pour que la première fois ne soit certainement pas la dernière.

J’aurais pu parler de groupes qui m’ont forgé l’oreille dès l’enfance. J’aurais pu parler d’œuvres de littérature qui ont radicalement changé ma vision du monde. J’aurais pu parler de choses lointaines, qui auront eu le temps de s’enraciner en moi et donner cette petite puissance nostalgique qui renforce ce qu’une "première fois" peut laisser dans l’esprit, à la croisée des chemins entre souvenirs profonds et construction mentale idéalisée de ce qu’il en reste.

Mais non. Ma "première fois" sera celle d’une découverte récente. Celle d’un album que j’ai déjà pu retourner dans tous les sens tellement je l’ai laissé tourner en boucle depuis. Seul, accompagné, chez moi, sur la route, au boulot… Partout.

Revenons à l’heure du crime. Diable du streaming. Entre sérendipité, découverte réellement fortuite et chemin tracé par les algorithmes… Je ne sais plus ce que j’étais en train de faire subir à mes oreilles lorsqu’un morceau vient casser ma séquence et me caresser brutalement l’oreille. Je ne le connaissais pas. Sur le coup, je pensais que ma plateforme musicale qui me pompe une dizaine d’euros chaque mois m’avait enfin fait le plaisir d’une suggestion originale, inédite. Une bouffée d’air frais musical alors que la tentation d’écouter les mêmes choses, voir les mêmes films, lire les mêmes livres est parfois forte en cette période de confinement où la surprise, la rencontre, l’inédit semblent parfois appartenir au passé. Je me laisse porter. Je ne reconnais pas tout de suite mais la voix, la gratte, le style me dit pourtant quelque chose. Je jette un œil : P… ! Basement Low End a sorti son premier album, "When is Tomorrow", et je le découvre par hasard.

L’un des membres m’avait déjà fait écouter un morceau. Mais là, je tombais dessus sans m’y être préparé. Aucune influence ou attente externe ne venaient polluer mon jugement. La partition se lance. La sonorité me fait penser vaguement à Lacquer Head, de Primus. Mais pourquoi se référer à ce que l’on connaît : la voix arrive et me jette cette sensation et ce souvenir dans un broyeur pour m’inviter à profiter de l’ensemble, du tableau complet. Fix & Melody... basse assumée, guitare parfaite qui demande juste à exploser (ce qu’elle fera magnifiquement sur les morceaux qui ont suivi… "Fucking Shadows"), batterie rythmée, voix parfaitement posée. C’est presque trop pro pour un premier album sorti alors que le groupe n’existe tel qu’il est actuellement depuis à peine un an. De quoi faire pâlir les formations qui peinent à trouver une identité, une sonorité, une puissance. Hâte d’entendre ça sur scène, avec un public, une folie, une fougue. La vie. Pour que cette première fois ne soit indéniablement pas la dernière.

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