La Belgique à l’Eurovision : des hauts, des bas et deux roues de vélo

Qualifié pour la finale du concours, Hooverphonic défendra noos couleurs ce soir à Rotterdam. Pour écrire une nouvelle belle page de cette longue histoire qui nous lie à l'Eurovision? Les bookmakers doutent. Mais sait-on jamais.

La Belgique à l’Eurovision : des hauts, des bas et deux roues de vélo
©BELGA
Charles Van dievort

On est en finale, on est en finale, on est… on est… on est en finale !” Peut-être, encore faut-il la gagner… Et sur ce plan-là, ce n’est pas encore dans la poche. Loin de là.

Si la presse flamande s’est enflammée pour d’Hooverphonic dont la chanson “The Wrong Place” est à ses oreilles taillée pour l’Eurovision et qu’elle imagine au minimum dans le top 5, nombreux sont aussi ceux qui ont constaté à quel point la prestation du groupe représentant la Belgique tranchait avec ce que la très grande majorité des autres pays proposent. Aux flammes de l’enfer, feux d’artifice et tenues à paillettes en tous genres, les Belges ont opposé la sobriété. À la fois dans l’attitude et dans la présentation, tout de noir habillés. Seule la France avec Barbara Pravi se rapproche un peu de cette atmosphère intimiste.

Des bookmakers sceptiques et des statistiques en défaveur

Aux yeux des bookmakers pourtant, des destins diamétralement opposés semblent dévolus aux deux artistes. Ils ne donnent qu’un petit pourcent de chance à Hooverphonic de l’emporter, tandis qu’ils ont fait de la France l’un des grands favorits du concours. Et le sort paraît forcer ce destin puisque “The Wrong Place”, la chanson portant nos couleurs, sera la quatrième à résonner ce soir dans l’Ahoy de Rotterdam, l’arena accueillant l’événement. Entre Israël et la Russie. Barbara Pravi, elle, se produira en fin de spectacle. Elle est vingtième, coincée entre l’Ukraine et l’Azerbaïdjan. Un avantage certain.

Spotify n’est pas plus optimiste. En analysant les taux d’écoutes des morceaux en compétition, la plateforme de streaming annonce l’Italie gagnante et la France cinquième. La Belgique ne terminerait que quinzième sur 26 candidats.

Google a aussi fait parler les statistiques et dévoile quels sont nos alliés dans ce concours, ceux qui ont fait le plus de recherches concernant Hooverphonic. Elles viennent le plus souvent des Pays-Bas, pays hôte, de Lituanie, d’Islande, de Grèce, de Malte et de Chypre. Mais ça ne suffira pas aux yeux de Google qui classe la Belgique septième du classement des participants les plus recherchés sur le moteur de recherche. Nous sommes devancés par La Russie, la Pologne, l’Italie, la Suède, la Norvège et la Grèce. Mais la France est juste derrière nous.

Des francophones bien plus en vue que les néerlandophones

Membres de sept pays fondateur du concours, avec la France, l’Allemagne, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse, la Belgique n’avait manqué, jusqu’en 2003, que trois éditions de l’Eurovision depuis sa création en 1956. C’était en 1994, 1997 et 2001. La faute à des classements trop mauvais. Depuis l’instauration des demi-finales en 2004, le bilan est cependant bien plus mitigé. On ne compte plus que sept participations à la finale, en ce compris celle de cette année-ci.

Il est inutile de rappeler que nos couleurs n’ont triomphé qu’une seule fois. C’était en 1986, avec Sandra Kim. Nous détenions alors le record du nombre de participations sans victoire : 30 ans ! Depuis, la Finlande nous a détrônés grâce au succès pour le moins inattendu des monstrueux métalleux de Lordi en 2006, soit 45 ans après la première incursion du pays dans l’épreuve.

La Belgique a aussi terminé à deux reprises sur la deuxième marche du podium. En 1978, avec le regretté Jean Vallée (“L’amour fait chanter la vie”) et en 2003 avec Urban Trad (“Sanomi”). En revanche, elle a accumulé à huit reprises la dernière place du classement : en 1961, 1962, 1965, 1973, 1979, 1985, 1993 et 2000. Et à deux reprises, notre représentant a terminé avec une roue de vélo, comprenez sans le moindre point. Une pour chaque partie linguistique du pays. C’était en 1962 et en 1965. Il y a prescription…

S’il faut voir les choses sous l’angle communautaire, l’avantage revient très nettement à la partie francophone qui a, et de loin, obtenu les meilleurs résultats. La première place de Sandra Kim et les deux podiums sont à l’actif de la RTBF qui s’est aussi adjugé quatre quatrièmes places : avec Tonia en 1966, Stella en 1982 (rien à voir avec le groupe de Jean-Luc Fonck, rappelons-le !), Loïc Nottet en 2015 et Blanche en 2017. Les meilleures performances de la VRT sont deux sixièmes places. Elle signe aussi six des huit dernières places enregistrées depuis le début du concours.

Le saviez-vous ?

Un artiste a représenté la Belgique à quatre reprises à l’Eurovision. C’est un record. Il s’agit de Fud Leclercq. Il est monté sur la scène du concours en 1956, 1958, 1960 et 1962.

En 1976, c’est un certain Pierre Rapsat qui a porté le drapeau de la Belgique. Il a terminé huitième avec son titre “Judy et Cie”. Parmi les autres grands noms, citons les participations de Philippe Lafontaine en 1990, avec “Macédomienne”. Il a fini douzième. Clouseau était en lice l’année suivante avec “Geef het op” et une seizième place à la clé. En 1998, Mélanie Cohl a obtenu une très honorable sixième place avec “Dis oui”, tout comme Tom Dice en 2010.

En dehors de la victoire de Sandra Kim, la participation la plus mémorable reste certainement celle de Telex en 1980. Leur “Euro-Vision”, espiègle et taquin n’a peut-être pas emballé le jury à l’époque, il n’empêche que plus de 40 ans plus tard, on s’en souvient encore. Pas rancunier, l’Eurovision les a glissés dans les clips promotionnels de l’édition anniversaire de cette année qui célèbre 65 ans de concours.