L’éblouissante Susanna de Julie Fuchs

La soprano triomphe dans des "Noces de Figaro" compliquées.

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© D.R.
Nicolas Blanmont

Mozart, c’est l’essence d’Aix-en-Provence : quand le festival fut créé en 1948, c’est une représentation de Cosi fan tutte qui fut donnée dans la cour de l’Archevêché. Et on peinerait à trouver une édition sans aucun Mozart à l’affiche. Cet été, Les Noces de Figaro étaient de retour dans ce qui est devenu le Théâtre de l’Archevêché (toujours dans la cour, et toujours sous les étoiles), dans une mise en scène annoncée comme post #MeToo et féministe de Lotte De Beer. Voici quelques semaines, cette Néerlandaise avait défrayé la chronique en signant à l’Opéra de Paris une Aida où, pour éviter toute accusation de "blackface" et refuser les clichés racistes du XIXe siècle, la princesse éthiopienne était représentée par une marionnette grandeur nature suivie de son interprète.

Phallus géants

La soirée démarre plutôt bien : une version habilement modernisée, avec un décor fait de deux éléments mobiles (la chambre du comte et de la comtesse d’un côté, le salon de l’autre) séparés par un espace buanderie où règne une Susanna volontaire (Julie Fuchs) qui domine son entourage, y compris un comte souriant mais vicieux (Gyula Orendt). Sans rien révéler sur l’œuvre (Cherubino en casquette et baskets, c’est tout sauf nouveau), le premier acte est campé efficacement et il y a des idées amusantes, comme les tentatives de suicide d’une Comtesse désespérée (Jacquelyn Wagner). Mais les choses se gâtent quand, au début du grand ensemble, ledit Cherubino (Léa Desandre) est lourdement représenté dans une crise aiguë de priapisme, avant que le plateau soit envahi par quelques phallus géants et une bande de fêtards inutiles. Même configuration en deuxième partie : un troisième acte revenant à la sobriété, avec des personnages comme vieillis et empreints de gravité, un décor noir et blanc, puis, au quatrième, de la confusion autour d’une sculpture gonflable dadaïste colorée avec, à nouveau des figurants en pagaille.

Dans la fosse, Mozart bénéficie de la rugosité conquérante des instruments anciens du Balthasar Neumann Ensemble, avec notamment un pianoforte qui dynamise non seulement les récitatifs mais aussi les tuttis. La direction musicale de Thomas Hengelbrock séduit dans les ensembles, dont les gradations sont construites avec soin, mais s’avère plus inégale dans les airs : ceux de Cherubino ou le Porgi amor de la Comtesse manquent de respiration, tandis que Dove son ou Deh vieni non tardar sont empreints de grâce.

Une production manquée, où quelques bonnes idées sont annihilées par une profusion de détails dispensables. Mais si ce n’est pas la metteuse en scène, c’est une artiste féminine qui tire son épingle du jeu : Julie Fuchs. Vedette des réseaux sociaux, la soprano française est ici, et c’est l’essentiel, la reine théâtrale et vocale de la soirée.

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