Le Gent Jazz redonne goût à la musique

Tant le public que les artistes ont répondu présent lors de cette vingtième et héroïque édition.du festival de jazz gantois.

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© Alexis Haulot

Le vingtième Gent Jazz Festival s’est terminé en apothéose dimanche soir, avec le pianiste Tigran Hamasyan et le Marc Ribot’s Ceramic Dog, le trio avec lequel le guitariste new-yorkais aligne les chefs-d’œuvre depuis 2008. Un finale international pour un festival que certains disaient trop local par sa programmation.

C’est oublier qu’après avoir été annulée, cette édition anniversaire a été montée en huit semaines, un exploit dont l’organisateur, Bertrand Flamang, n’est pas peu fier : “sur dix jours, on a fait 20 000 entrées, pour une capacité maximale de 23 000 personnes. ‘Back to live’ est un titre bien choisi. On sent les musiciens heureux de remonter sur scène et les gens contents de partager des émotions et des sentiments super-positifs.”

Débordements d’enthousiasme

C’est vrai qu’en général, après des débuts de soirée plutôt calmes, le public s’est progressivement lâché. On l’a même vu déborder le soir de TaxiWars, Tom Barman scandant “let’s dance ! let’s dance !” avant d’être stoppé net par l’organisateur. “On comprend, explique celui-ci, mais ce n’est pas encore ‘back to life’, on ne peut pas faire n’importe quoi. Je préfère que les gens rentrent chez eux avec de bons souvenirs qu’avec un virus.”

Ce que, samedi soir, Lander Gyselinck, terrible batteur de STUFF. résume en “Vous pouvez aussi danser, si vous restez à votre table.” Le public ne s’est pas fait prier, qui avait déjà été bien chauffé par l’inouï Dijf Sanders, adepte de la musique ethno-électronique. Au cours d’un voyage au Népal, il a accumulé tous les enregistrements musicaux possibles qu’il passe désormais à la moulinette électro avec un trio au son extrêmement puissant. Dijf Sanders, c’est de l’Electronic Body Music sous influence orientale, rien de mieux pour mobiliser une foule qui ne demande que ça.

Avec STUFF., on entre malgré tout dans une autre dimension, tant le quintette, extrêmement soudé, fonctionne à l’énergie et à la faire circuler. Sans conteste meilleur batteur du festival, Lander Gyselinck et le bassiste sont entourés de trois instrumentistes électroniques : DJ, claviers et EWI, cet Electronic Wind Instrument né dans les années septante et remis au goût du jour.

Electro-organique

Réussissant le pari de rendre cette musique électronique très organique, STUFF. est de ces têtes d’affiche qui ont été à la hauteur du Gent Jazz 2021. En tant qu’organisateur, Bertrand Flamang a repéré plusieurs musiciens et groupes qu’il verrait bien comme prochaines têtes d’affiche : Loverman, Dishwasher ou encore Sohnarr, quintette de l’ex-chanteuse et violoniste de Balthazar, Patricia Vanneste.

En attendant, une telle organisation, avec des restrictions importantes pour raisons sanitaires, n’est pas une mince affaire. Bertrand Flamang s’attend à une perte de 300 000 euros, sans doute épongée par des subventions. “Ce festival, c’est une brasserie de 2300 places”, dit-il, avec une soixantaine de personnels étudiant pour assurer le service à table. Le tout avec des coûts d’équipement quasi équivalents à ceux d’un festival à pleine capacité, c’est-à-dire de 5 000 personnes.

Avant le Gent Jazz 2022, qui se déroulera du 7 au 17 juillet, Bertrand Flamang a prévu un Jazz Middelheim, à Anvers, du 13 au 16 août prochain, dans des conditions normales : “Programme à 100 %, capacité à 100 % aussi, ce sera le premier festival avec le Passeport Covid."