Léon Phal, saxophoniste astral

Le jeune jazzman franco-suisse a livré une prestation intense au festival Jazz à Sète.

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© Pierre Nocca

Un triomphe. Les dernières notes de « Let it Go » résonnent encore, que le public est déjà debout pour acclamer l’ultime pièce, atmosphérique et prenante, du concert bien trop court donné à Sète (Occitanie) ce lundi soir. Léon Phal, la petite trentaine, en a bien conscience. Depuis qu’il a repris la route, sax en main, avec ses quatre musiciens, le lien créé avec l’audience est pratiquement surréaliste. « Je ne sais pas si c’est la musique, ou le contexte post-pandémie, mais l’accueil est incroyable » nous expliquait-il quelques heures avant de monter sur scène. « À la fin du tout premier concert, fin juin, des gens sont venus me voir en pleurs, pour me dire « c’est le premier concert que je vois depuis un an de demi et c’était vraiment bien, bravo ». Voir les gens rire ou sourire, c’est quelque chose. Voir quelqu’un pleurer, c’est encore une étape au-dessus ».

« Je ne sais pas ce que je joue »

Assez classique dans sa formation (sax, trompette, claviers, batterie et contrebasse), le Léon Phal Quintet est classifié « hard-bop ». Lui, n’en a cure. « Je continue à étudier les solos des Wayne Shorter. C’est une musique que j’affectionne, que je travaille, et que j’écoute énormément, mais je n’ai pas le sentiment d’en jouer. » Que joue-t-il alors ? « Je ne sais pas, j’ai encore du mal à en parler. C’est difficile de parler de sa propre musique, plus, encore, d’improviser sur ses compositions. Je dirais que c’est un jazz accessible, dansant, une invitation au voyage. J’écoute énormément de musique dans les trains, les voitures, les transports en commun. J’essaie de proposer quelque chose qui stimule l’imagination ».

De Coltrane à Michael Jackson

Longtemps, Léon a joué pour d’autres. En 2019, il s’est enfin mis à composer. « Bello Canto » en a fait une des révélations de l’année, et les concours-tremplin se sont enchaînés. Le groupe en a gagné, plusieurs, et empoché un financement pour lui donner une suite. Ce sera « Dust To Stars », qui voit le jour fin 2020. « Je suis entré dans ce monde avec l’énergie des John Coltrane et Sonny Rollins. Ces longs solos de saxophone qui pouvaient durer 15 ou 20 minutes. Je n’entendais pas forcément les notes, mais cette énergie incroyable, le discours du musicien derrière l’instrument. Même Michael Jackson je l’ai découvert après sa mort, et là aussi, c’est le rythme, l’énergie, la puissance des silences qui m’ont impressionné ».

« Tu souffles et tu bouges tes doigts »

Tous les grands ont une chose en commun : une redoutable simplicité, derrière des fioritures qui n’en sont pas vraiment. « Comme j’ai sorti mon premier disque à 28 ans, j’étais déjà un peu libéré de l’envie d’en faire trop. Mais une partie de moi voulait encore prouver quelque chose au milieu du jazz, aux programmateurs, aux autres saxophonistes. Ça m’a un peu quitté sur ce deuxième album. Mes parents jugeaient certaines compositions « un peu kitsch ». Moi, je vois cela comme de la musique qui me parle et m’apaise ». Le sax, justement, n’est pas vraiment une mince affaire. Le poids des Coltrane, Bechet ou Parker pourrait légitimement se révéler paralysant. Le musicien préfère évoquer Maceo Parker ou Fela Kuti « qui sont moins des virtuoses que des bêtes de scène. L’un a inventé le son du funk en jazz, l’autre l’afrobeat. Le saxophone, c’est vraiment un instrument qui te permet de véhiculer une énergie assez facilement. Tu souffles, tu bouges tes doigts, et tu vois ce qui sort ». Facile. Reste à trouver le bon groove, et surtout un son. « Si je ne devais donner qu’un conseil aux jeunes jazzmen, dans ce marché saturé, ce serait de trouver le bon son et d’aller au bout de ses idées ».