Tiens, il vaut quoi le nouvel album de Billie Eilish ?

La chanteuse pop revient tout en introspection sur "Happier Than Ever".

Tiens, il vaut quoi le nouvel album de Billie Eilish ?
©ICON

Pas question d’envoyer cet album à la presse avant sa sortie ce vendredi. L’enjeu est tel que le label veut à tout prix éviter une fuite sur Internet et préfère directement recevoir les chroniqueurs dans ses bureaux, où Happier Than Ever ** (Universal, sortie ce vendredi 30 juillet) est donc diffusé d’une traite "en live".

Seules quelques heures nous séparent de sa publication officielle désormais, mais une clause de non-divulgation est signée par toutes les personnes en présence pour éviter la moindre communication avant jeudi, minuit. Clin d’œil involontaire, mais cocasse, à la star du jour. La jeune américaine de 19 ans devenue superstar internationale à 17 ans, en sortant l’album pop parfait : When We All Fall Asleep, Where Do We Go ? La gamine punk, brillante et frondeuse, jetée dans le rouleau compresseur d’une célébrité qui l’a inévitablement enfermée. L’ado désormais femme, qui raconte ce vécu en détail sur chacun des seize nouveaux titres qu’elle a composés.

Sur "NDA", troisième single de ce deuxième album, Billie Eilish revient sur son non-disclosure agreement à elle. La clause de non-divulgation qu’elle a dû faire signer à son petit ami, pour s’assurer que lui non plus n’irait pas trop parler. Acheter "une maison secrète" n’a pas suffi, poursuit-elle un peu plus loin. Un fan un rien zélé l’a retrouvée, suivie, menacée, avant qu’un juge ne soit impliqué.

Tout cela, Billie le chante, simplement, honnêtement, dans ce qui ressemble fort au journal intime d’une jeune femme coincée dans une prison dorée, n’ayant d’autre choix que de regarder de sa fenêtre la vie des autres se dérouler.

L’heure n’est donc plus à la puissance festive et électrique du "Bad Boy" qui ouvrait en force sa précédente livraison. "Getting Older" donne instantanément le ton. Des claviers délicats soutiennent à peine cette voix fragile et légèrement éraillée. "I Didn’t Change My Number" poursuit sur un registre plus soutenu, mais le chant conserve douceur et désinvolture. Contrairement à nombre de ses contemporains, Billie Eilish préfère l’épure à la surproduction. L’ambition artistique dépasse largement la volonté de sonner "large" dans des stades gigantesques pleins à craquer. Son frère Finneas reste aux commandes et propose un instrumental tout en subtilité.

Comme son nom l’indique, "Billie Bossa Nova" vogue vers d’autres influences, sans monter dans les tours. Il faut attendre "Oxytocin" pour déverrouiller ses pieds et commencer à danser, et surtout ce "Lost Cause" au groove parfaitement dosé. Puis Billie temporise, laisse retomber le rythme, et chante à nouveau comme la diva un peu triste qui apparaît sur la pochette du disque.

Internet a longuement disserté sur la photo publiée en couverture du magazine Vogue en juin dernier, où la chanteuse troquait les pulls larges et les pantalons baggy pour laisser apparaître son corps, ses formes, sa nouvelle chevelure blond platine. Le public aurait mieux fait de se concentrer sur le "It’s All About What Makes You Feel Good" ("Tout ce qui compte, c’est ce qui vous fait vous sentir bien") qui accompagnait le cliché. Tout se joue sur l’image, quand on ne peut pas reprendre le contrôle de sa vie.

"It’s okay to cry", chante Billie Eilish sur "Everybody dies". "I don’t want to want you", poursuit-elle sur le superbe "Halley’s Comet", beau à vous donner des frissons. Avant d’entamer le grand final : ce "NDA" évoqué ci-dessus, plus viscéral, cru et marquant que les morceaux précédents, "Therefore I Am" au tempo nettement plus excitant, et enfin "Happier Than Ever" à la puissance contagieuse, laissant même exploser un brin de colère.

On ne peut que s’incliner face un exercice de style évitant soigneusement de tirer facilement les grosses ficelles. On s’ennuie certes un peu. L’effet de surprise a disparu depuis longtemps, et l’introspection a ses limites. Mais on se demande si ce Happier Than Ever ne finira pas par nous convaincre sur la durée.

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