Esperanzah: promesse tenue d’un retour à la vie d’avant

Le festival de musiques du monde a eu lieu ce week-end, avec succès.

On annonçait un cataclysme : 70 % de pluie samedi, 100 % dimanche. Lancée dans une lutte acharnée contre le temps pour boucler l’organisation du festival en un petit mois, l’équipe d’Esperanzah ! n’a décidément pas été gâtée pas les divinités. Samedi matin, on sentait même comme une légère angoisse dans les ruelles de Floreffe.

Habitués à voir défiler des hordes de mélomanes assoiffés, les commerçants n'y croyaient qu'à moitié. "Les gens commencent seulement à arriver, nous lance l'un d'entre eux. En temps normal, on en voit défiler dès le jeudi après-midi. Là, je crois que ça ne va rien changer. D'ailleurs les cafés sont restés fermés."Deux rues plus loin, un groupe d'ados se balade avec une tente, un autre scrute le ciel, et une petite file se forme gentiment devant l'entrée de l'Abbaye, où les premiers concerts se font entendre.

On ne le réalise pas encore tout à fait, mais une fois passé le portique du prestigieux site, tout ce petit monde dira adieu au Covid le temps d’un week-end. Pas de masque, pas de distanciation, encore moins de places assises. La vie d’Esperanzah ! reprend dans les contacts, la joie et l’allégresse. Pour la première fois, en Belgique, le festival teste le concept du "Covid Safe Ticket", et table sur la venue de 4000 candidats à "la reprise".

La formule est évidemment expérimentale, mais l’organisation rassure d’emblée. Les festivaliers attendent, masqués, que le QR Code de leur vaccin ou leur test soit scanné, avant d’accéder à cette bulle géante, certifiée sans virus. Le camping a été relocalisé dans le bas de l’Abbaye, le festival sur les hauteurs, où les deux scènes se sont rapprochées, et cette bulle d’espoir tient d’entrée de jeu toutes ses promesses.

Invasion de la scène

Plus on avance, plus le sentiment de liberté retrouvée est palpable. Des groupes entiers de festivaliers de tous âges font la file au bar, trinquent joyeusement devant les scènes, ou partagent un repas sur une grande table. D’autres dansent, certains s’embrassent, et quelques groupes d’enfants courent dans tous les sens.

Exception faite de la taille du site et d’un public revu à la baisse, on retrouve instantanément l’ambiance des années pré-Covid. Les cabanes géantes et autres décors faits main sont spectaculaires. Les fanfares, artistes de rue, débattants et ONG animent les espaces libres, et il flotte très clairement dans l’air un doux parfum de fête et d’insouciance.

Contrairement à ce que pouvait faire craindre cette météo pourrie, le public a largement répondu présent, lui aussi. Près de 8500 personnes au total étaient attendues tout au long du week-end par l'organisation. Quand la chanteuse, percussionniste et flûtiste cubaine La Dame Blanche monte sur scène avec son trio, sur le coup de 17h, c’est la folie furieuse. Les milliers de spectateurs présents dansent à s’en luxer les chevilles, les visages affichent une béatitude contagieuse, et les applaudissements ne s’arrêtent plus. Quand le groupe doit partir, la foule n’a d’ailleurs pas l’intention de le laisser s’en tirer à si bon compte. Des dizaines d’ados surexcités envahissent gentiment la scène et donnent à ce deuxième concert du week-end des airs d’apothéose.

Même ambiance aux shows survitaminés de Fulu Miziki et Yseult. Moins rêveuse qu’à l’accoutumée - contexte oblige -, la programmation réussit l’exploit de nous faire voyager aux quatre coins du globe. Esperanzah ! a tenu bon. Ses équipes se sont battues pour proposer quelque chose quel que soit le contexte, et le résultat était encore largement supérieur aux attentes.