Le clubbing retrouve un peu d’air à Bruxelles

Un “Club Open Air” ouvre ce vendredi pour sept semaines sur l’esplanade de la Cité Administrative. De quoi relancer les clubs, collectifs et soirées dansantes à Bruxelles. L’avenir du secteur, lui, reste encore bien incertain.

Le clubbing retrouve un peu d’air à Bruxelles
©D.R.

On avait presque fini par l’oublier. Un an et demi durant, le monde de la nuit a littéralement disparu de la société. Les discothèques, bars dansants, organisateurs de soirée, collectifs et autres promoteurs en tous genres ne faisaient tout simplement pas partie des priorités dans une situation sanitaire particulièrement complexe à gérer.

Quelle surprise, donc, de voir finalement arriver un communiqué officiel annonçant, pour une fois, une bonne nouvelle. Dès ce vendredi, et durant sept semaines, l’esplanade de la Cité Administrative de Bruxelles accueillera un “Club Open Air” : onze soirées gratuites en plein air, ouvertes à un public de 1500 à 2000 personnes, libres de danser sans masque ni distanciation sur présentation du pass sanitaire.

Signe de l’engouement généré par le projet, une trentaine de dossiers ont initialement été déposés par divers acteurs de l’événementiel. Onze projets ont été retenus, dont ceux des Fiesta Latina, Madame Moustache, Chez Ginette, La Cabane, Hangar, Love, C12 et Catclub. “Il a fallu choisir et nous avons opté pour une programmation qui représente Bruxelles dans toute sa mixité et sa diversité” insiste Lorenzo Serra, fondateur de la Fédération Brussels By Night. “Il y aura de la chanson, du rap, de la musique électronique, un collectif de musique latine, une soirée queer,…”

Associées à l’événement, la Ville de Bruxelles et la Région de Bruxelles-Capitale prennent les frais fixes à leur charge en fournissant les infrastructures, le son, la sécurité, le personnel, et en finançant une partie du line up. Les clubs et collectifs n’investissent rien ou presque et repartent avec les recettes du bar. Une façon de redonner un semblant d’air à secteur dont les caisses sont vides, et dont la relance s’annonce ardue (lire ci-dessous).

“Sur une grosse soirée, avec un public qui s’ambiance, on peut envisager des gains allant jusqu’à 20 000 euros” détaille Lorenzo Serra. “Pour les clubs, inactifs depuis 18 mois avec des loyers à payer, c’est une goutte d’eau. Pour les collectifs qui organisent des soirées en revanche, c’est une bonne base pour recréer un petit fond de caisse et envisager une relance. Cela permet de booker un artiste, financer un premier événement.”

Rodé à la communication depuis le lancement de la Fédération de la Nuit, née avec le Covid, son fondateur poursuit sur un mode plus politique : “Le Club Open Air fait partie d’un plan de relance plus global des activités à Bruxelles. Horeca, bars, clubbing et hôtellerie sont intimement liés. On va au théâtre puis au restaurant, dans un bar avant de sortir dans un club. Si vous voulez que l’écosystème reprenne, tous ses échelons doivent être considérés, dont la culture festive. Bruxelles est vide, aujourd’hui. Les tests PCR sont gratuits pour les gens qui vont danser à l’étranger, mais pas pour ceux qui voudraient venir danser chez nous. Or, croyez-moi, ça danse un peu partout. Et il suffit de voir les comptes instagram de nos producteurs et DJ’s pour constater qu’ils se sont tous expatriés durant l’été.” La région ne dit pas autre chose lorsqu’elle dévoile les chiffres du tourisme : en 2019, les 19 communes enregistraient 7,8 millions de nuitées d’hôtels. En 2020, ce chiffre est tombé à 1,8 million, et le taux de réservation atteignait 25 % à 30 % en juillet 2021.

Pour les clubs, labels et collectifs, cette petite reprise des activités ressemble, enfin, au premier signe tant attendu. “On s’est lancés en avril 2019 et tout s’est arrêté début 2020” se désole Julian Leclercq, cofondateur du club “La Cabane”. “On n’a même pas su faire un an d’exploitation. Tout le monde est dans la même situation : nos comptes en banque sont proches de zéro, alors le moindre euro rentré est vraiment un euro de gagné.” “Toucher les recettes du bar sans avoir à investir, c’est vraiment une belle initiative” poursuit-il “et le simple fait de donner accès à cet événement permet de montrer qu’il y a moyen d’organiser sans le moindre problème des soirées en extérieur, comme ils le font déjà à Paris et dans d’autres villes.”

Seule interrogation et non des moindres : la réaction du public. Après des mois d’inactivité, on pouvait s’attendre à ce que les mélomanes se ruent sur les open air et les festivals. Les événements organisés jusqu’ici ont démontré que ce n’était pas nécessairement gagné. “Les gens attendent de voir comment évolue la situation” poursuit Julian Leclercq “ils ne veulent pas acheter un billet qui risque une nouvelle fois d’être reporté ou non remboursé, ils doivent faire un test PCR qui leur coûte de l’argent”. D’où l’importance de relancer les hostilités rapidement, et gratuitement dans un premier temps, pour remettre tout ce petit monde en mouvement.

À quand un retour des soirées en intérieur ?

Le retour du clubbing en plein air ouvre-t-il la voie à une reprise imminente des activités indoor ? “Difficile à dire” répond Lorenzo Serra, fondateur de la Fédération Brussels By Night. “On ne sait pas trop s’il faut être optimiste ou pessimiste. La Ville et le Région de Bruxelles Capitale ont clairement montré leur soutien envers le monde de la nuit. Au Fédéral, par contre, c’est le flou total. On a un Premier ministre qui nous dit qu’on va peut-être ouvrir en septembre, mais on sait que tout peut changer en fonction des recommandations des experts et de l’évolution des variants. Les gens du métier sont clairement favorables à une reprise à partir d’octobre et s’y préparent”.

Problème, comme pour les festivals, monter une soirée ne s’improvise pas. “Ça prend énormément de temps, et on ne peut pas dire qu’il y ait de réelles perspectives” confirme Julian Leclerq, cofondateur du club bruxellois “La Cabane”. “On travaille totalement dans le flou, on se demande si on doit déjà planifier la rentrée ou non. Si on nous donne des nouvelles mi-août, il sera très difficile d’organiser quelque chose pour début septembre.” Même son de cloche chez son confrère Tom Brus, directeur artistique du C12, haut lieu de la culture techno dans le centre-ville. “On lance tout doucement une programmation pour début octobre avec des options sur certains artistes, mais on ne confirme encore rien”.

Impossible purification de l’air

Petit cadeau surprise des autorités, l’arrêté ministériel publié le 28 juillet pour mettre à jour les mesures sanitaires officielles, stipule qu’à partir du premier septembre “dans les espaces clos des établissements relevant du secteur événementiel, l’utilisation d’un appareil de mesure de la qualité de l’air (CO2) est obligatoire, et celui-ci doit être installé de manière clairement visible pour le visiteur. En matière de qualité de l’air, la norme cible est de 900ppmCO2”. “Tout le secteur est contre” s’indigne Lorenzo Serra. “On ne dit pas qu’il ne faut pas purifier l’air, mais 900ppm c’est tout simplement infaisable. Non seulement un tel appareillage représente un investissement important, mais en termes de place, de bruit, de circulation de l’air, c’est tout simplement impensable dans un club. Je suis très inquiet, personne ne s’y attendait, c’est passé ni vu ni connu”.

Malgré les aides reçues, la plupart des clubs restent dans une situation financière délicate, pour ne pas dire impossible. Peu d’établissements ont déjà fait faillite, mais sans soutien financier, rien ne dit qu’elles ne vont pas s’enchaîner. “Dans l’horeca, le plus gros des faillites se verra fin de l’année ou au début de l’année prochaine” estime Julian Leclercq. “Pour l’instant, les clubs trouvent des arrangements avec leurs propriétaires pour ne payer qu’une partie de leur loyer. Faute de législation sur le sujet, on se débrouille comme on peut. Mais d’ici quelques mois, tout va ressortir, et ça risque faire un grand boum.”

Un boum d’autant plus regrettable, que la nuit bruxelloise renouait avec une vraie vitalité lors des années pré-covid. “Des clubs comme le C12, Formatt, La Cabane, Zodiaque, et pas mal de collectifs ont vu le jour” poursuit-il. “Kiosk Radio fait beaucoup parler à l’étranger également. Bruxelles devenait vraiment un pôle attractif grâce à la vitalité des acteurs. Beaucoup des collectifs existants vont s’adapter, mais que la jeune génération sera freinée dans ses efforts face à toute cette instabilité”.

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