Ce week-end, Bruxelles était paradisiaque

Le festival Paradise City s’est déroulé dans l’allégresse durant trois jours au parc du château de Ribaucourt.

Ce week-end, Bruxelles était paradisiaque

"Trois jours de paix et de musique", titrait Woodstock en 1969, cinquante ans et un virus plus tard, le concept s'est réveillé et délocalisé à Steenokkerzeel. Longtemps incertain, Paradise City est devenu, avec Ronquières, le premier festival "Covid Free" à se dérouler en Belgique. Joie, fête, délivrance. Un Covid Safe Ticket présenté à l'entrée, et on retombe, enfin, dans le monde du passé. Ce vendredi après-midi, nous attendons donc impatiemment de voir comment vont réagir les premiers festivaliers. Plusieurs événements ont dû revoir leurs ambitions à la baisse, faute de demande ou de météo clémente, mais les astres semblent finalement alignés. Dès les premières heures de la journée, des hordes d'amateurs de musique électronique se ruent dans le parc du Château de Ribaucourt avec tentes, frigobox et lunettes de soleil : l'été s'est finalement annoncé, le week-end sera festif et printanier.

L’affiche extrêmement qualitative pèse certainement dans la balance. De vendredi à dimanche, de redoutables pointures comme Âme, Adriatique, Max Cooper, KinK, DJ Tennis, Moodyman et 2ManyDJs s’apprêtent à faire danser. Mais il y a autre chose, une passion, une insouciance, un profond sentiment de liberté retrouvée. Bien avant l’entrée en scène des têtes d’affiche précitées, l’audience est hilare, extatique, déchaînée. Les mois d’enfermement ont entraîné une vigoureuse envie de célébrer la vie, la musique et bien évidemment les contacts rapprochés. Exit le regard en coin lorsque son voisin éternue, les 10 000 festivaliers présents quotidiennement s’enlacent, se frôlent et s’embrassent sans ambages. Mezerg, Lawrence Le Doux et Innelea provoquent, tous, des moments d’euphorie collective. Âme et Adriatique clôturent dignement le volet festif.

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Une courte nuit plus tard, Bon Public, Palms Trax, DC Salas et DJ Tennis prolongent aisément ce moment de grâce, jusqu’à l’entrée en scène de l’enfant prodige, Max Cooper, musicien, électronicien et artiste génial, dont le set atteint des sommets de beauté et de créativité. Un écran s’impose en toile de fond, un voile devance Cooper, dont le show est sublime de bout en bout et propose un visuel éblouissant.

Le paysage aussi est sublime. Toujours parfaitement intégrées dans le décor bucolique du château, les trois grandes scènes, tout de bois conçues, imposent respectueusement leurs structures. À voir les gens s'enlacer, on se demande si le Covid n'attend pas au coin, mais "tous les tests effectués jusqu'ici montrent qu'il n'y a pas eu la moindre contamination", nous dit-on, légitimement soulagé, du côté de l'organisation du festival. "Nous avons dû organiser un festival en deux mois. On a eu chaud pour la vente de nos tickets quand le Pukkelpop a annulé, et on parle de coup de chance pour la météo, mais nous avons organisé une version allégée du festival sous la pluie, pendant tout le mois de juillet." Un centre de testing rapide (antigénique) a même été installé à l'entrée du site pour faciliter l'accès aux personnes non vaccinées et tout cela a fini par payer, la" bulle" hors Covid proposée s'est révélée féerique.

Reste, in fine, à gérer son dimanche. Nombre de festivaliers se sont installés pour trois jours. À l’heure de boucler cet article, nombre d’entre eux semblaient aussi heureux qu’épuisés. La légende Moodyman a bercé tout ce petit monde de Soul "Made in Detroit", John Noseda, Thang et Bafana s’y sont mis à trois sur la grande scène, et les 2ManyDJs ne demandaient qu’à clôturer cette édition très spéciale.

La musique et les festivals ont manqué. Mais, plus fondamentalement, c’est tout ce qu’ils représentent qui a cruellement fait défaut. Un week-end durant, des milliers de personnes se sont tout simplement rapprochées.

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