Barbara Pravi : "La deuxième place à l'Eurovision a tous les avantages"

La compositrice sort un premier album, porté par son succès à l’Eurovision.

Barbara Pravi : "La deuxième place à l'Eurovision a tous les avantages"

Rotterdam, 22 h 38, le 22 mai 2021. Barbara Pravi entre en scène, seule, dans un fin rayon de lumière. L'Ahoy Arena n'est remplie qu'à 20 % de sa capacité, ce soir, mais les 3 500 spectateurs présents hurlent pour saluer l'arrivée de la jeune femme vêtue de noir, qui entame sobrement "Écoutez-moi, moi, la chanteuse à demi. Parlez de moi, à vos amours, à vos amis".

Silence, contemplation. Il y a du Barbara dans la voix, du Aznavour dans le récit, une part de cette France rêvée, presque oubliée, qui retrouve des couleurs le temps d'un titre et d'une soirée. Avec 499 points, Voilà enregistre le meilleur score hexagonal à un concours Eurovision de la chanson depuis 1991, et vaut à son autrice la deuxième place du classement final, derrière les Italiens de Maneskin. Triomphe cruel ? "Non, la première place m'aurait estampillée Eurovision et rattachée à Voilà toute ma vie", répond la chanteuse de 28 ans depuis Paris, quelques semaines après l'événement, dont elle n'est pas encore remise. "C'est une place magnifique, qui comprend tous les avantages - la visibilité et les dates de concert dans le monde entier - au moment précis où mon album était prêt à sortir."

Famille serbe, culture iranienne

Cela n'a plus beaucoup d'importance, désormais, mais des propositions de participations à l'Eurovision ou des émissions comme The Voice étaient sur sa table depuis des années. Longtemps, l'intéressée a décliné, pas assez sûre de son fait, "pas assez alignée" entre son jeu d'artiste et sa personnalité.

Née Piévic en avril 1993, la jeune femme a rapidement opté pour un nom de scène, Pravi - "authentique" en serbe, patrie d'origine de sa famille paternelle. Côté maternel, on retrouve l'Iran, ses poètes, son amour de la lettre. "Je connais peu l'histoire de ma famille maternelle, mais j'ai tout de suite été attirée par la culture persane. Pendant des années, le Cantique des oiseaux (du poète persan Farîd-ud-Dîn 'Attâr, NdlR) fut mon livre de chevet." La bibliothèque familiale est fournie. Bien avant de prendre littéralement la plume, Barbara lit, sans arrêt. Puis écrit pour d'autres, offrant des textes à Yannick Noah, Chimène Badi ou Florent Pagny, avant de se mettre à son compte. "En réalité, j'avais commencé plus tôt par un projet solo, un premier EP est sorti en 2017, mais j'étais très mal entourée à l'époque. J'ai fini par partir. Plusieurs personnes m'avaient tant rabâché que je n'étais rien sans elles que j'ai perdu toute confiance en moi, même lorsque je suis partie en tournée avec Florent Pagny en 2018. Puis je me suis rendu compte que j'étais douée, que j'aimais ce que je faisais, et qu'il n'y avait aucune raison que je ne recommence pas à écrire pour moi."

Plutôt Edith Piaf que Céline Dion

Un nouvel EP voit le jour en 2020, puis un premier album - On n'enferme pas les oiseaux (Universal, sorti le 27 août dernier) - que Barbara Pravi est magistralement venue présenter à 200 millions de téléspectateurs européens, ce fameux soir de mai 2021. "J'ai accepté l'Eurovision, parce que, cette fois, je sentais que je devais y aller", insiste l'artiste parisienne, consciente de revenir à une forme classique de chanson. "Mes influences viennent à 80 % de la chanson. ' Je l'aime, je l'aime, je l'aime' , 'Voi là' , et 'L'homme et l'oiseau' sont assez traditionnels, mais il y a aussi 'Maladroit', ou 'Saute' avec ces riffs de violoncelle un peu orientaux."

Les textes, eux, sont intimes, personnels, reflet d'un parcours dense et riche en rebondissements. Faut-il y voir un retour des chanteuses "à voix" ? "Je ne sais pas trop, répond Barbara Pravi. Chanteuse à voix, ça ne veut rien dire. Dans les années 2000, c'était Céline Dion, Lara Fabian, Nolwenn Leroy. J'ai le sentiment de faire autre chose, qu'il ne s'agit pas de ma capacité vocale, mais de mes mots. Ces artistes, que j'admire, étaient davantage des interprètes. Contrairement aux autrices-compositrices qu'étaient Edith Piaf, Barbara, Françoise Hardy, qui m'inspirent bien plus."

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