Gate, le simple et beau retour de Couleur Café

Le festival urbain inaugurait son second week-end, jeudi soir. Fête, joie, bonne humeur, et gros coups de massue au programme.

Gate, le simple et beau retour de Couleur Café
©D.R. Nathalie Nizette
V. Dau

Une semaine après avoir ouvert ses portes pour un premier week-end largement réussi malgré la météo maussade, GATE inaugurait sa seconde salve de concerts avec une affiche en or, ce jeudi soir. Dès l'arrivée sur le site de Citygate, à quelques centaines de mètres de la gare du midi (Bruxelles), on réalise toutefois que la force du projet réside avant tout dans son audace, sa capacité à utiliser au mieux ces lieux désaffectés en y proposant une foule d'activités annexes, fun, voire carrément destructrices.

L'espace n'est pas immense, mais on ne sait pas où donner de la tête. Une ribambelle de skateurs tente flips et backflips dans le skate park qui jouxte la scène. Les affamés de service font déjà la file devant la petite cahute en bois qui accueille les stands de mets gastronomiques ou exotiques, et les performers kinois de Kimbalambala république se baladent sur le site déguisés en robots de récupération, vêtus de vêtements usagés, métaux abandonnés, et autres restes de machines à laver. Effet garanti pour les selfies, et respect absolu pour ces artistes congolais qui parviennent à effectuer de vigoureux pas de danse, malgré les fers à repasser qui leur collent aux pieds.

La masse ou la batte ?

Dix mètres plus loin, un fanatique prend un plaisir communicatif à défoncer une vieille carcasse de voiture à coups de masse. L'homme n'est pas un roadie énervé ni un fétichiste des capots, mais un brave festivalier venu décharger la tension emmagasinée ces derniers mois sur une bagnole récupérée à la casse par l'organisation, qui propose à tout un chacun de passer ses nerfs une fois pour toutes avant d'aller danser. "La portière ! Attaque la portière !" crie un spectateur enthousiaste qui frôle l'orgasme quand ce qui reste de l'entrée passager fait mine de s'écrouler. "La masse, c'est plus efficace que la batte de baseball" commente à son tour un observateur attentif, à qui une jeune femme donne rapidement tort en ciblant vicieusement les vitres, la boîte de vitesse et la batterie du véhicule sur un vieux "Break Stuff" de Limp Bizkit. Rétrograde à mort, mais rudement efficace.

Benjamin Epps, lui, semble doux comme un agneau avec son visage poupon et sa voix haute. Mais le rappeur franco-gabonais entre en scène sur un bon beat old school, charge poliment Wejdenne et Booba, et s'assure les bonnes grâces de l'audience en lâchant un flow limpide et nerveux nous replongeant dans l'âge d'or des années 90.

Pas facile de danser comme Pongo

Tout semble faussement mais soigneusement improvisé dans le coin. À l'heure du dîner, la serre et le potager se transforment en salon de dégustation, de vieilles palettes de récup font office de table, chaise ou comptoir, et les 1500 personnes présentes sur place ont même la possibilité de passer chez le coiffeur. L'homme au mulet bleu (oui, c'est à nouveau à la mode) est même à ce point demandé, qu'il ferme boutique bien avant la fin de soirée, décevant un jeune couple contraint de décider qui des deux, sera le dernier client à se refaire une beauté.

On prend tellement de plaisir à flâner ci et là, qu'on oublierait presque que le concert de Pongo s'apprête à débuter. Pas compréhensive pour un sou, la chanteuse angolaise commence avec dix bonnes minutes d'avance. Deux autres musiciens occupent la scène, mais on ne voit qu'elle : la jeune, belle et vibrante importatrice du Kuduro, danse puis genre musical nés dans les prisons et les ghettos d'Angola au début des années 1990, mêlant rythmiques tribales et énergie afro-brésilienne. Difficile d'éviter la fièvre, la transe même, quand on essaie péniblement d'imiter les pas esquissés sur scène. "Hé, ho, ça va, elle a 23 ans hein. Moi aussi je dansais comme ça à son âge" concède une demoiselle, lucide mais fataliste.

Le succès de foule est total, les applaudissements d'une vigueur à faire littéralement pleurer l'artiste. Ne reste plus qu'à Frontal, Zwangere Guy et ses petits camarades de Stikstof à dynamiter la fin de soirée. Il est fort beau et accessible ce GATE, même avec le futur retour de Couleur Café, il a tout pour durer.

GATE, jusqu'au dimanche 5 septembre, au studio CityGate. www.couleurcafe.be