Nick Cave et Warren Ellis, deux géants dans l’intimité d’une petite salle

Le duo a donné un concert envoûtant dans la salle Pleyel à Paris, mardi soir, avant sa venue à Anvers.

Nick Cave et Warren Ellis, deux géants dans l’intimité d’une petite salle

Trois choristes et un batteur l'accompagnent, mais on ne voit que lui. Costume noir, chevelure hirsute, longue barbe grisâtre, Warren Ellis entre en scène et fonce s'installer sur le petit tabouret qu'il ne quittera pratiquement pas de la soirée. Autour de lui, un clavier, une guitare, et ce violon, devenu mythique depuis qu'il a rejoint les Bad Seeds en 1990. Cela fait trente ans que Warren Ellis donne de l'archet pour l'immense Nick Cave. Trente ans qu'il œuvre pour le compte du dernier grand prophète du rock'n'roll sans jamais prendre trop de place dans la lumière. Et voilà que, subitement, son nom se retrouve en haut de l'affiche. Carnage, sorti en 2021, est l'œuvre du duo. La tournée qui suit et qui vient de se décliner en vingt dates au Royaume-Uni, les annonce côte à côte dans de petites salles, loin des stades et des foules qu'ils ont l'habitude de fréquenter.

De Ghosteen à Carnage

Ellis en place, Cave le rejoint sous les cris des deux mille spectateurs parisiens massés dans la salle Pleyel ce mardi. Classe, intense, il s'empare du micro et lance le "Spinning Song" qui ouvre l'album Ghosteen sorti en 2019. Depuis la mort de son fils, en 2015, le ténébreux australien s'est fait ombrageux. Skeleton Tree (2017), Ghosteen et Carnage sont cathartiques, hantés. La prestation de ce soir, qui leur fait la part belle, est donc inévitablement du même ordre.

En poète écorché, Nick Cave sublime la perte, la douleur et le chagrin, harranguant les premiers rangs avant de se faire doux au piano. "Bright Horses", "Night Raid", "Carnage" et "White Elephant" s'enchaînent. Proximité oblige, Cave et Ellis sont particulièrement complices. " Attention mesdames et messieurs, Warren va prendre son violon", lance le premier. " Tu ne ressens pas trop de pression dans ta ville d'adoption Warren ? Tu peux traduire ce que je viens de dire ?" " Oui" , répond le second, avant de brandir son archet sous les cris d'une foule tout acquise à sa cause, et de poursuivre avec un théâtral " 1,2,3,4 " histoire de lancer les hostilités. La relation fusionnelle de ces deux-là est évidente, mais réellement impressionnante vue de près. Chaque note, chaque ligne de texte, chaque regard résonne avec une clarté inouïe et permet aux heureux spectateurs de plonger plus profondément que jamais dans leur univers.

"Je ne veux entendre que les balcons"

"Waiting For You" et "I Need You" sont vibrants, la reprise de "Cosmic Dancer" de T-Rex, particulièrement touchante. Nick Cave s'amuse un peu avec le public des balcons à l'heure de lancer "Balcony Man", et laisse échapper sourires et plaisanteries avant de quitter la scène une bonne heure et demie après y être entré. Applaudissements, hurlements, la salle reste éteinte et le groupe revient après cinq minutes. " Ce morceau est très long" , annonce Cave " mais vous pouvez rester debout si vous voulez ".

"Hollywood" précède "Henry Lee", seule incursion dans les œuvres plus anciennes de leur créateur et le mythique Murder Ballads (1996), qui déclenche une quasi-hystérie l'espace de quelques secondes. Second départ, second rappel avec "Into My Arms" et "Ghosteen Speaks" et fin du concert. Nick Cave et Warren Ellis ont joué peu de leurs grands classiques, ce soir, mais tout ce qui les rend géniaux et singuliers était de la partie. Si vous aimez leur œuvre, foncez les voir au Stadsschouwburg d'Anvers les 19 et 20 octobre prochain. Les amateurs de grand show et d'électricité, eux, auront tout le loisir d'aller les admirer avec les Bad Seeds au festival Werchter Classic le 25 juin.