Bertrand Cantat au coeur d'une nouvelle polémique qui prend de l'ampleur

Convié à composer la musique d'une pièce de théâtre, l'ex-chanteur de Noir Désir, condamné à huit ans de prison en 2004 pour le meurtre de Marie Trintignant, est une fois de plus la cible de ses détracteurs qui veulent le réduire au silence.

Bertrand Cantat au coeur d'une nouvelle polémique qui prend de l'ampleur
©Reporters / Abaca

Reverra-t-on un jour Bertrand Cantat ? Sur scène, l'affaire semble entendue. La tournée qui a accompagné la sortie du premier album sous son nom, Amor Fati, a pris fin prématurément un soir de juin 2018 à l'Ancienne Belgique, à Bruxelles. Face aux appels au boycott de ses concerts et aux pressions exercées par ses détracteurs sur les organisateurs et les propriétaires des salles où il était appelé à se produire, il avait été contraint d'y renoncer.

Depuis, discographiquement parlant, il y a bien eu l'intégrale de Noir Désir, ainsi que deux albums live (un en acoustique, l'autre capté à l'Élysée Montmartre), de même qu'un projet plus discret intitulé Paz, dont on trouve la trace aux éditions Gallimard depuis novembre 2020. Mais sa désignation pour composer la musique d'une pièce à venir au Théâtre de la Colline, un des six théâtres nationaux en France, soulève à nouveau la polémique, et cela toujours en lien avec la mort de Marie Trintignant en 2003.

Convié par Wajdi Mouawad pour illustrer de façon sonore la pièce Mère, l'ex-chanteur de Noir Désir est nouveau la cible de ses détracteurs. Et celle qui a "sonné la charge" s'appelle Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture. C'était lundi, sur l'antenne de France Inter. Tout en précisant qu'elle n'avait pas à intervenir dans la gestion de l'institution, elle avait fait valoir "la liberté de création", soulignant que Wajdi Mouawad "ne peut pas, dans ce domaine, être accusé de la moindre complaisance dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes." En revanche, elle avait regretté que Bertrand Cantat ait été invité.

Metteur en scène de la pièce et directeur du Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad a réagi par voie de communiqué et ne semble pas disposé à céder à la pression d'un mouvement qu'il qualifie d'unilatéral, sans nuance et qui "punit au-delà de la justice et du droit". Tout en affirmant son soutien inconditionnel aux combats pour l'égalité entre les hommes et les femmes et contre les violences et le harcèlement sexuel, il dit refuser de se substituer à la justice.

Il s'est engagé à inciter toute personne programmée ou invitée dans son établissement et faisant l'objet d'une procédure judiciaire, à se retirer jusqu'à ce que la justice ait fait son travail. "À ce jour, précise-t-il, personne ne se trouve dans cette situation dans la programmation du Théâtre de la Colline". Par conséquent, il ne voit pas de raison d'écarter Bertrand Cantat du projet pour lequel celui-ci a été sollicité. Ce dernier a purgé la peine de prison à laquelle il a été condamné pour le meurtre de Marie Trintignant. L'ex-chanteur de Noir Désir avait écopé de huit ans en 2004. Il avait été remis en liberté conditionnelle en 2007, tandis que le contrôle judiciaire dont il faisait l'objet a lui été levé le 29 juillet 2010.

Dans son communiqué, Wajdi Mouawad indique être prêt à quitter son poste si nécessaire. "Si la ministre de la Culture ou le président de la République, qui m'a nommé, considèrent que mes positions sont contraires aux principes républicains, que l'un ou l'autre me le fasse savoir et je quitterai la direction du théâtre sur-le-champ." Il ajoute : "Toute personne libre au regard de la loi a le droit d'aller et venir, d'être invitée comme spectateur ou comme artiste. Je ne croyais pas qu'au pays des Droits de l'Homme, je doive défendre la présence d'un citoyen libre dans l'enceinte d'un théâtre public."

Même s’il est la personnalité la plus connue concernée par cette nouvelle polémique, Bertrand Cantat n’est pas seul dans le viseur. Une création du metteur Jean-Pierre Baro sera également prochainement à l’affiche du Théâtre de la Colline. Or, celui-ci a fait l’objet d’une plainte pour viol en 2018. Une action classée sans suite par le parquet mais qui n’est pas restée sans conséquences pour l’intéressé. Fin 2019, Jean-Pierre Baro, mis sous pression et en proie à une grève du personnel de son institution, avait fini par démissionner de la direction du centre dramatique national d’Ivry.