Parquet Courts, quatre rescapés de l’underground new-yorkais

Le quartet de garage rock s’ouvre aux synthétiseurs sur "Sympathy for Life".

Parquet Courts, quatre rescapés de l’underground new-yorkais

Andrew Savage est sérieux, concentré, à ce point cérébral qu’on en serait presque intimidé. Le guitariste, chanteur, compositeur et frontman de Parquet Courts prend soigneusement le temps de réfléchir à chacune de nos questions, avant d’y répondre avec un débit de mitraillette typiquement new-yorkais.

Succès surprise dès 2012

Fondé dans les caves et appartements de Brooklyn en 2010, le quatuor de garage rock psychédélique est sorti comme par magie de l'underground dès son deuxième album, le viscéral Light Up Gold. "On l'a publié en 2012 sur mon label, Dull Tools", analyse Savage, front plissé. "Je commence toujours par faire presser cinq cents exemplaires et, si tout se vend, tant mieux. Mais tout est parti rapidement, j'ai dû faire presser une autre série, puis une autre, encore une autre. Et ainsi de suite…"

Pourquoi un tel succès ? "Aucune idée. Je trouve la musique de certains de mes amis absolument incroyable, et personne n'en a jamais entendu parler." Seul élément probant, selon lui, le boulot, encore et toujours. Depuis ses débuts, Parquet Courts joue, jamme et tourne tout le temps, avant d'enregistrer à la vitesse de l'éclair. Light Up Gold était bouclé en trois jours. Son successeur - le tout aussi génial Sunbathing Animal - fut livré au bout de cinq. Pour un groupe qui prône la marche au ralenti sur son dernier single, "Walking at a Downtown Pace", la production se fait plutôt au pas de course.

Pink Floyd, encore

Porté par sa notoriété, Parquet Courts accompagne Thurston Moore (Sonic Youth) en tournée, enregistre avec Karen O (Yeah Yeah Yeahs) et donne un peu de visibilité aux copains de PC Worship.

Entre deux shows, le quatuor arpente les petits clubs de rock’n’roll new-yorkais et multiplie les projets artistiques, sans renier ses fondamentaux : une basse tout en groove, deux guitares psychédéliques et une batterie carrée, auxquelles s’ajoutent de plus en plus ouvertement des synthétiseurs un rien perchés. Sur ce huitième album, Pink Floyd est érigé en maître, Primal Scream régulièrement cité, pour sa capacité à mêler rock’n’roll, acid house et discours engagés avec une radicalité totalement assumée.

Sympathy for Life** (Rough Trade, Konkurrent, sorti ce vendredi 22 octobre) est en quelque sorte la combinaison de tous ces éléments. Dansants, "Walking at a Downtown Pace" et "Black Widow Spider" restent un rien timides. Mais le lancinant "Marathon of Anger", le curieux "Just Shadows" et son long solo de guitare, et surtout l'extraordinaire "Application Apparatus" sortent réellement le groupe et leurs auditeurs de leur petite zone de confort.

"On a commencé par improviser, jammer, coller tous les petits bouts d'enregistrements qui nous intéressaient", précise Andrew Savage. "Et je suis particulièrement fier d' 'Application Apparatus'. C'est le résultat de cette jam. Il commence en douceur, puis on s'amuse, on ajoute des samples, des synthés" et, quand, enfin, le morceau s'apprête à décoller, il enchaîne sur le bien punk "Homo Sapiens".

"J'ai toujours aimé les paroles de Roger Waters, le jeu de guitare de David Gilmour, et surtout l'imprévisibilité totale de Pink Floyd, qui évoluait totalement d'un album à l'autre, poursuit Savage. J'écoutais beaucoup les Floyd lors des premières étapes d'écriture de cet album, et je n'avais pas réalisé avant cela à quel point la narration du texte et celle de la guitare étaient liées. Toutes deux vous emmènent sans arrêt dans des endroits où vous n'auriez jamais imaginé vous retrouver. C'est ce que nous avons essayé de faire de notre côté."


Vivre dans une New York déserte

Sympathy for Life était bouclé avant le Covid… Puis il a fallu attendre, longtemps, dans une New York complètement déserte. "Pas mal de New-Yorkais vivaient encore sur place, mais beaucoup sont partis. C'était différent, curieux. Quand tous les avantages d'une grande ville, et notamment sa vie culturelle, disparaissent, le résultat est terrifiant . […] Tous les lieux indépendants dans lesquels on jouait ont disparu, poursuit Andrew Savage. Mais c'est assez normal. Toute scène musicale, en particulier l'underground, repose sur la présence, l'engagement collectif, le fait de se réunir dans un lieu, plus ou moins légal. Tout cela s'est arrêté. Mais les gens trouvent toujours un moyen de faire de la musique, de s'exprimer et de jouer. Je suis assez excité de voir comment tout cela va tourner."

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