Parcels, funky mélancolie

La formation australienne revient avec un excellent double album, plus sombre et ambitieux que le précédent.

Parcels, funky mélancolie

Sortir un double album a toujours été un pari risqué. Encore plus dans une époque qui privilégie les singles à glisser dans une playlist et qui n'a plus le temps de dédier une heure et quart à l'écoute d'un disque. Encore plus lorsqu'il s'agit d'un relativement jeune groupe qui n'en est qu'à sa deuxième livraison. Encore plus pour revenir avec des ingrédients différents de la recette qui a fait sa renommée en 2018. Parcels, formation originaire de Byron Bay, ville la plus à l'est de l'Australie, et relocalisée depuis quelques années à Berlin, se montre très ambitieuse avec Day/Night et ses 19 titres. Le disque s'ouvre sur un morceau presque instrumental, certaines plages dépassent les sept minutes. L'ensemble aurait pu être casse-gueule. Pourtant, leur concept de "jour" et de "nuit" (qui n'a rien de bien novateur, sur papier) pour exprimer différentes intensités et où les titres se répondent ("Outside", "Inside", "Light", "Shadow"…) fonctionne redoutablement bien.

La corde sensible

À quelques jours du départ du groupe pour les États-Unis, le claviériste Louie Swain prend le temps de continuer la promotion du disque, en visioconférence, le temps d'un café et d'un cinnamon bun à la terrasse d'un bistrot. "On trouvait ça très excitant d'avoir l'opportunité d'explorer une large collection de musiques ainsi que cette dualité entre le jour et la nuit. Quand on a commencé à en discuter avec notre maison de disques et à analyser les tenants et aboutissants d'une sortie pareille, on s'est posé pas mal de questions. Mais, dans notre milieu, il vaut toujours mieux suivre son instinct créatif plutôt qu'un objectif commercial." Sur le premier disque, Day, on retrouve des éléments de leurs débuts, des titres pop-funk couplés à du disco sous influence 70's ("Theworstthing", "Somethinggreater") mais moins vitaminés et tropicaux. Night dévoile une part plus intime et mélancolique, avec des ballades et des touches de jazz. Pour la première fois, le groupe à l'esthétique rétro a également travaillé avec un orchestre. Les arrangements de cordes font office de fil conducteur et ajoutent un côté cinématographique aux chansons.

Une évolution qui donne une nouvelle profondeur à leur musique, qui n'est dès lors plus réservée aux soirées branchées et ensoleillées sur un rooftop, spritz à la main. "Avec Night, on voulait amener une facette plus dramatique, presque théâtrale. Une surexpression des émotions d'une certaine manière. On n'avait jamais pu apporter cet élément-là dans nos disques, sûrement à cause de cette perception que l'on avait de nous et que l'on a aussi mise en avant, celle des sunny disco boys", confesse Louie Swain. Une expérience qu'il perçoit comme "libératrice". Toutes leurs frustrations musicales se sont évaporées à la conception de cet album. "On ressent beaucoup de fierté, car on a été le plus loin possible, on a tout donné."


Reprendre du début

Pour parvenir à ce résultat, le quintet australien a voulu se remettre dans la peau d'un débutant. Les musiciens ont souhaité réapprendre leurs instruments et s'entraîner à faire des reprises avant de se lancer dans l'enregistrement de ce projet. "On a beaucoup tourné. À force, on est devenus plutôt rigides dans nos manières de jouer nos chansons. J'avais parfois l'impression de jouer à Guitar Hero, je connaissais par cœur les notes qui allaient arriver." Une remarque du groupe français Phoenix, avec qui ils ont tourné, les a d'ailleurs beaucoup marqués. "Sur chacun de leurs albums, ils veulent jouer comme s'ils étaient en train d'apprendre la musique et de tout reprendre au début." Loin des automatismes, il ne reste plus que le plaisir de jouer.


--> En concert le 25/09/2022 à l’Ancienne Belgique (Bruxelles).