Celsa Maxwell, l’art de séduire quand on ne s’entend qu’à moitié

La chanteuse et compositrice flamande a perdu 50 % de son audition mais s’est lancée corps et âme dans la création de son 1er album.

Celsa Maxwell, l’art de séduire quand on ne s’entend qu’à moitié
©Guy Kokken

"Je me suis réveillée un matin et je n'entendais plus rien de l'oreille droite", raconte Celsa Maxwell. Doucement, presque timidement, la jeune chanteuse flamande de 26 ans revient sur ce jour de décembre 2019 où elle a perdu 50 % de son audition. "Personne ne sait à quoi c'est dû. Aujourd'hui encore, cela reste un mystère. Deux ans ont passé et c'est toujours difficile à accepter." Des mois durant, Celsa est sous le choc. Elle ne fait rien, si ce n'est tenter de se réapproprier son propre corps. "C'est une sensation étrange, difficile à expliquer. On perd une partie de soi-même. On doit faire le deuil de la personne que l'on était et accepter son nouveau corps, avec cette peur, la peur de se réveiller le lendemain et de ne plus rien entendre du tout."

Cette perspective agit comme un déclic. Née dans une famille de musiciens (ses parents étaient tous deux membres du groupe Betty Goes Green dans les années 90, son frère est leader du groupe de rock Freaky Age), formée à l’écriture et à la guitare dès son plus jeune âge, Celsa veut profiter au mieux de l’ouïe qui lui reste et regagner le temps perdu. Seule, dans sa chambre, elle se remet à composer.

"Je me suis mise à écrire et à écouter de la musique comme une lunatique", se remémore-t-elle. "Je voulais absolument écouter tous les albums incroyables que je n'avais jamais pris le temps d'écouter avant. Et vous savez quoi ? Je me suis rendu compte que mon écoute était devenue beaucoup plus fine, plus active, que j'appréciais encore davantage la musique que par le passé."

Un morceau après l'autre, sans réellement se fixer d'objectif, elle boucle son premier album : In The Mythical Land Of Sound (sortie ce vendredi 26 novembre), neuf ballades folk rock authentiques, à mille lieues des modes et des tendances et pourtant immédiatement attirantes. Dans le jargon, on appelle cela du "LoFi", des compositions douces, lentes, portées dans ce cas précis par une fort jolie voix. "Ça, ce n'est pas venu avec mes problèmes d'audition", rigole-t-elle. "Je suis quelqu'un de calme, j'ai toujours aimé la musique porteuse de sentiments. Il s'agit moins d'avoir un son parfait que de capturer une émotion, un instant. Ma voix aurait peut-être été meilleure si j'avais réenregistré cet album vingt fois, mais j'aurais perdu mes intentions en chemin."

Tout est dans la spontanéité, la beauté de l'imperfection. Celsa Maxwell a tout fait seule de A à Z à l'exception du mastering et du mixage. "Parfois, j'ai le sentiment d'être coincée dans ma propre tête", commente-t-elle. "Le titre de l'album fait d'ailleurs référence à cela : ce lieu abstrait et mystérieux situé dans un coin de mon esprit, où demeurent les souvenirs des sons perdus. Lorsque j'y pense, si je me concentre suffisamment, je pénètre dans ce lieu mystérieux et entends à nouveau les sonorités du passé."

Chante-t-elle, joue-t-elle différemment depuis l'incident ? "J e ne sais pas. Les sensations sont différentes, même parler est différent puisque je n'entends pas parfaitement ma voix. D'un point de vue musical, le problème vient du fait que mon oreille droite n'est pas plongée dans le silence. J'entends constamment du bruit. J'ai donc dû apprendre à écouter, à faire avec ce bruit. Aujourd'hui encore, j'apprends à vivre avec."

Jamais, auparavant, Celsa Maxwell n'avait publié ses chansons. Plusieurs titres avaient déjà été enregistrés, mais restaient plus ou moins privés. "Quelque part, c'est la surdité qui m'a fait passer à l'action", conclut la jeune femme avec un sourire, toujours timide. "Sans cela, je n'aurais peut-être jamais dévoilé mon travail. C'est une façon positive de voir les choses. Plus le temps passe, plus je me sens bien, un jour à la fois…"

Aucun traitement n’a permis à Celsa de retrouver l’audition perdue, mais son oreille gauche n’est a priori pas menacée. La confiance, elle, n’est pas totalement revenue, mais il se pourrait qu’un jour, dans un avenir proche, vous croisiez même Celsa sur une petite scène.

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