Sur Netflix, Angèle se cherche encore

Deux semaines avant la sortie de "Nonante-Cinq", Angèle se livre dans un documentaire produit par la plateforme américaine.

Sur Netflix, Angèle se cherche encore
©D.R.

Qui est-on quand des millions de personnes projettent leur amour, leur haine, leurs peurs et leurs fantasmes sur vous ? Quand vos parents connus s’effacent derrière votre succès ? Quand vos facettes deviennent autant de personnages et apparences, que vos fans s’attendent à retrouver en permanence ? Passée du difficile statut de “fille de” et “sœur de” à celui de popstar surmédiatisée en l’espace de quelques mois, Angèle a vécu cinq vies en autant d’années. À 25 ans, quelques jours avant la sortie de son deuxième album – Nonante-cinq – elle joue donc la carte du documentaire intimiste, pour mieux revenir sur les joies et les douleurs de sa célébrité.

Papa, maman et le petit chien

Angèle ** (Sortie ce vendredi 26 novembre sur Netflix) se décline sous la forme d'un journal intime. La jeune femme se raconte via une voix off omniprésente, et pose d'emblée l'enjeu fondamental du film. "J'ai développé cette fille-là" lance-t-elle de sa voix douce et déterminée. "Une version améliorée de moi-même, un mélange de tous mes fantasmes : la petite sirène, une princesse, Hélène Ségara, Priscilla, Ariana Grande. Tout ce à quoi je rêvais de ressembler secrètement. Seulement voilà, la vraie Angèle, je l'ai perdue. Je ne sais plus qui je suis".

Pour mieux reprendre le contrôle de sa propre histoire, Angèle replonge dans ses carnets d’adolescente, retourne dans le quartier qui l’a vue grandir à Linkebeek, retrouve ses parents, et passe nombre d’images d’archives issues de la collection familiale.

Inévitable, pour resituer le contexte, cette première partie est un peu trop proprette pour convaincre. Chacun y va de son petit témoignage. Papa et maman se souviennent de la “petite fille magnifique”, Angèle évoque sa prof de piano, sa découverte d’Instagram, sa rencontre avec sa manager Sylvie Farr,… Mais l’intérêt du récit est limité, la plongée dans l’intime un peu trop contrôlée. Le film souffre malheureusement de la comparaison avec la série consacrée il y a quelques semaines au rappeur Orelsan (“Montre jamais ça à personne”, visible sur la plateforme Amazon Prime), dont le frère a filmé les moindres faits et gestes pendant quinze ans, offrant de ce fait une authentique immersion dans son quotidien. Ne disposant pas d’un tel contenu, Angèle refait essentiellement l’histoire a posteriori, et y perd en authenticité.

La face sombre du plébiscite

Vient alors le saut dans l’inconnu, l’industrie, la gloire et ses déboires. Le film touche quand il montre la jeune femme se faire huer par les deux mille fans du rappeur Damso qui lui a proposé d’assurer sa première partie. Angèle vacille, mais se construit, et sort dans la foulée “La loi de Murphy”. Succès immédiat, accompagné tout aussi rapidement de la peur, les questionnements, la perte de contrôle. Sincère dans sa démarche, Angèle sait ce qu’elle veut représenter, mais se confronte à la réalité médiatique quand une interview accordée à Playboy est récupérée et instrumentalisée par une partie de la presse belge. “La fille de” est de retour, réduite à son corps et une sexualisation basique, située à mille lieues des messages qu’elle entend faire passer.

Plus rien n’est “normal”

Dès la sortie de BROL (2018) et le succès monstre qui suit, on observe une artiste tiraillée entre les joies du plébiscite et la déformation de ses rapports sociaux. “Plus aucun rapport n’est normal, plus personne ne se comporte normalement avec moi” dit-elle, consciente qu’elle ne peut pas se plaindre de la célébrité, tout en ayant largement le droit d’être déstabilisée.

Confrontée aux exigences de son audience, aux affres de son frère, à la médiatisation de sa bisexualité, et aux attentes monstres entourant la sortie de son second disque, Angèle se cherche, Angèle s’adapte. Là, le film vise juste, et dévoile intelligemment les dessous d’une vie rêvée mais ô combien difficile à gérer.

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