Gabriels, le trio soul venu du futur

Mené par l’impressionnant Jacob Lusk, le groupe californien s’impose d’emblée avec le sublime "Bloodline".

Gabriels, le trio soul venu du futur

Difficile de ne pas parler de "phénomène". Inconnus au bataillon il y a un an à peine, Jacob Lusk, Ryan Hope et Ari Balouzian sont en train d'affoler les mélomanes du monde entier. "On a eu de la chance", nous expliquait encore récemment l'un des organisateurs du festival bruxellois Fifty Lab. "Nous avons booké leur concert il y a cinq mois. Juste après, ils ont explosé."

Le mercredi 18 novembre, lorsque le trio baptisé Gabriels est effectivement monté sur la scène de l'Ancienne Belgique (Bruxelles), le public pressentait qu'il allait assister au concert de l'année. Les témoignages qui ont suivi font état de visages en larmes, de spectateurs bouleversés, d'esprits transcendés par la musique et l'intensité du groupe, qui sort vendredi son deuxième EP, Bloodline **** (Atlas Artists).

L’église, la soul et le classique

La magie de Gabriels réside avant tout dans l'association de trois personnalités venues d'horizons éloignés. Charismatique et flamboyant, Jacob Lusk naît dans un foyer religieux de Los Angeles et s'implique dès son plus jeune âge dans la communauté évangéliste. Doté d'une voix exceptionnelle, il "grandit à l'église", se forme au gospel, et dirige sa propre chorale tout en donnant de la voix pour des artistes comme Beck ou Diana Ross.

Ryan Hope étudie les arts à Leeds (Royaume-Uni), entame une carrière de réalisateur et entend par hasard les compositions d'Ari Balouzian, issu de la musique classique. Tous deux unissent leurs forces et finissent par auditionner Lusk en 2016, avant de s'incruster dans son église pour y installer un studio. "Oui, en gros, ça s'est passé comme ça", s'amuse Jacob Lusk avant de partir dans un tonitruant éclat de rire. "Nous n'avions aucune idée de ce que ça allait donner, mais nos trois personnalités ont totalement et bizarrement accroché. Je viens du gospel et du R&B et j'adore m'habiller de façon flamboyante. Ryan a grandi en écoutant de la soul et se balade en shorts/scandales. Ari porte des pull-overs en buvant son petit expresso et a étudié la musique classique (rires). Mais on se comprend et notre musique est la fusion de ces différents éléments."

Ni sixties ni Motown

Les curieux amis prennent tout leur temps pour peaufiner leurs arrangements, et sortent deux morceaux, les superbes "Loyalty" (2018) et "In Loving Memory" (2020), puis un tube imparable - "Love & Hate In A Different Time" - qui donne son nom à leur premier EP sorti en juin dernier.

"Moi, personnellement, je dirais que nous faisons de la pop soul venue du futur", s'amuse toujours Jacob Lusk. "Le public pense parfois que nous sommes inspirés par les sixties parce que nous jouons et enregistrons tout en live avec de vrais instruments à vent. Ma voix elle-même n'est jamais modifiée ou retravaillée. C'est ce qui donne cette couleur particulière à notre son, mais nous ne sommes absolument pas un groupe rétro bercé par la Motown."

Charisme et voix obligent, Jacob prend naturellement des allures de prêcheur, dynamitant au passage les compositions érudites et subtiles de ses petits camarades. "Chanter dans une église ou une salle de concerts n'est pas fondamentalement différent. Tout dépend de la personne à laquelle vous posez la question. En ce qui me concerne, peu importe le lieu, mon intention reste toujours la même : toucher, partager et encourager le public quel que soit le contexte. L'idée fondamentale est de leur dire : quoi que vous traversiez, vous n'êtes pas seul. Et je chanterai encore de la même façon sous un porche ou au fond d'un jardin." Sa voix, Jacob ne l'a jamais travaillée, sa posture non plus, se trouvant longtemps "trop différent et trop gros" pour envisager une carrière dans la musique. Mais on ne lutte pas contre sa destinée, "cette force gravitationnelle qui vous ramène systématiquement à ce pour quoi vous êtes fait, si vous restez ouvert et prêt à l'accepter".

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