Iliona impose son tempo et revient avec son deuxième EP, "Tête Brûlée"

La révélation belge revient avec “Tête Brûlée”, avant de monter sur scène... pour la première fois.

Iliona impose son tempo et revient avec son deuxième EP, "Tête Brûlée"
©Manuel Obadia-Wills

Quelques mois avant le raz-de-marée Stromae, de nombreux artistes belges tentent en ce début d'année de jouer des coudes pour faire exister leurs projets. La première à lancer les festivités est la jeune bruxelloise Iliona, qui connaît un succès croissant depuis bientôt deux ans. De l'extérieur, tout semble avoir été très vite pour elle : des millions d'écoutes sur Spotify, un passage à l'émission Taratata, des encouragements de Benjamin Biolay, Julien Doré et Vincent Delerm, de nombreuses mentions dans des médias belges et français ainsi que l'étiquette encombrante de "la nouvelle Angèle". Pourtant, cela fait déjà de nombreuses années que l'artiste de 21 ans travaille dans l'ombre pour présenter, aujourd'hui, son deuxième EP, Tête Brûlée ★★★.

Avant de se consacrer à son projet solo, Iliona s'occupe des productions pour une autre artiste émergente de la capitale, Ana Diaz. "C'était dingue pour moi d'être dans un "vrai" projet. C'était très impressionnant de côtoyer quelqu'un qui avait décidé de consacrer sa vie à ça. Plus le temps avançait, plus je savais que je voulais vraiment me lancer et avoir des chansons finies, avec un clip."Juste avant le premier confinement, en mars 2020, elle publie sa première vidéo sur YouTube avec "J'ai du mal", dont elle se charge elle-même de la réalisation, en plus de la composition et de la production du titre. "Aujourd'hui, on voit ça comme une proposition artistique. Mais c'est juste que c'était plus simple de tout faire moi-même et je ne connaissais personne qui pouvait m'aider. Je savais aussi exactement ce que je voulais. J'avais l'impression que j'allais perdre plus de temps à expliquer à quelqu'un mes envies que de m'y mettre", souffle-t-elle, en précisant que sa timidité et son manque de confiance en elle la poussent également à travailler seule. Une forme de "protection" dans un environnement dont elle ne connaît pas encore tous les codes.

Un EP moins sage

Trois clips homemade plus tard, elle attire l'attention de labels et de maisons d'éditions. "On m'appelait pour me demander si je voulais tel ou tel contrat. Je ne savais pas quoi répondre, ça me stressait", avoue la jeune femme. "J'ai fini par signer avec un label indépendant parisien. J'avais envie de signer là-bas, car j'ai l'impression que ça bouge plus vite en France qu'en Belgique." Elle publie son premier projet, Tristesse, l'année dernière. Huit titres mélancoliques, sensibles, aussi bien en piano voix qu'en incorporant des sonorités trap. Pour son deuxième mini-album, Iliona fait plutôt place, cette fois, à la guitare, aux synthés, aux influences yé-yé et à plus de gaieté. "Lors des promos, j'ai beaucoup joué mon morceau "Moins Joli". Je ne voulais pas refaire "Moins Joli 2". Ma vie était plus solaire aussi à ce moment-là, ça se ressent. Pour le premier EP, je ne voulais pas me taper la honte ou m'humilier. Je n'assumais pas encore toutes mes chansons. J'ai préféré aller faire quelque chose de sage, vers les morceaux les plus sûrs." Mise en confiance par l'accueil réservé à son travail, elle reconnaît avoir su désormais se lâcher, d'où le nom du disque, Tête Brûlée.

50 sauts en parachute

Bosseuse acharnée et passionnée, capable de rester des jours enfermée dans sa chambre à retravailler un titre, la Bruxelloise s'apprête cependant à en sortir pour rencontrer son public. Son premier concert, prévu au Botanique, est complet en quatre jours seulement. "Au début, ça ne m'a pas dérangé de ne pas jouer. Ça me ressemble de me livrer de loin. Maintenant, j'ai hâte de commencer les concerts. La scène est cependant un métier à part entière. C'est tout à fait autre chose de ce que je fais d'habitude." Beaucoup d'artistes auraient profité de cet engouement pour programmer un maximum de dates en salles et en festival. Ce n'est pas le cas d'Iliona. "Cela paraît tellement évident pour les gens qu'un artiste aime les concerts, mais ce n'est pas toujours le cas. Certains préfèrent être en studio".

Une confession qui rappelle le choix de l'une de ses idoles, Françoise Hardy, qui a préféré s'éclipser rapidement de la scène. La jeune artiste choisi, donc, pour le moment, la prudence, en exécutant le moins de dates possible. "C'est comme si on me demandait, demain, de signer pour faire 50 sauts en parachute sans en avoir jamais fait et sans savoir si cela me plaît." Dans un milieu hypercompétitif, avec beaucoup d'intervenants et d'enjeux, il peut être compliqué de parvenir à imposer son rythme, ses envies. Les grandes salles de concerts, les radios, les plateaux télé, lui procurent, à ce jour, plus de stress que de désir. "Le plus dur à apprendre est de savoir dire non et de ralentir quand on veut."