Les Aralunaires fêtent Arlon avec du Maitrank, des concerts et un Américain fou

Les Aralunaires fêtent Arlon avec du Maitrank, des concerts et un Américain fou
©V. Dau

D’abord, il y a le Maitrank, littéralement “boisson de mai”, que l’on vous sert abondamment dès votre arrivée sur place. En théorie, l’élixir mêle vin blanc, aspérule, cognac et un zeste d’orange, mais en réalité, chacun distille la chose dans son coin avec sa propre recette. Impossible d’y échapper quel que soit l’événement célébré. Ne pas y goûter (et y re-goûter) serait vécu comme une insulte grave par l’Arlonnais qui vous en propose.

Passé cette vibrante introduction à la culture locale, nous voilà dans les rues, un rien hébété, pour vivre une autre fierté gaumaise : la première des cinq soirées programmées par les Aralunaires, très joli festival de découverte pop, rap, rock et électro, implanté au cœur d'Arlon depuis 2009. D'ici au 1er mai, une vingtaine d'artistes se produiront dans les salles, bars, maisons, églises, et autres lieux du patrimoine. Mais, ce mercredi soir, pour célébrer le printemps et la sortie du confinement, un curieux événement est d'abord organisé en plein centre-ville. "Dépêchez-vous de finir vos verres" nous dit-on joyeusement, "la procession va commencer, vous ne voulez pas la manquer".

McLoud, prince de Schaerbeek

Face à la scène qui se déroule sous nos yeux, on se demande un instant si ce fameux Maitrank n’était pas trop chargé. Une dizaine de petits lutins tout de vert vêtus dansent autour d’un autel semblant contenir – lui aussi – une forte boisson locale. Juste derrière eux, en costume sombre, de grands gaillards distribuent des gobelets en plastique à tout va, coiffés de grands chapeaux argentés, tout droit tirés d’un film de science-fiction kistsch des années 80. Sans oublier Tchantchès, la gigantesque marionnette folklorique qui a fait le déplacement depuis Liège, portée par un malheureux vigoureusement encouragé par la fanfare qui le suit. Voilà pour le décor, “et voilà le Prins Zonder Carnaval” nous glisse-t-on à l’oreille.

Les Aralunaires fêtent Arlon avec du Maitrank, des concerts et un Américain fou
©Johann Poezevara

Fièrement positionné en tête de cortège une étrange flûte à la main, McLoud mène cette joyeuse entrée. Cape verte sur le dos, barbichette grisonnante, l’homme est d’une excentricité curieuse et amusante. “Il s’appelle vraiment McLoud” poursuit l’un de nos hôtes. “C’est le Prince Carnaval de Schaerbeek, mais comme il n’y a pas de carnaval à Schaerbeek, c’est simplement le Prince sans carnaval. Il est présent aujourd’hui pour jumeler Arlon à sa commune.”

Face à notre haussement de sourcil, le récit se poursuit, et on nous assure qu’il est authentique. “McLoud est né en Arkansas (Etats-Unis). Dans les années 80, il s’est rendu en Europe pour y jouer avec son groupe de punk, mais lorsqu’il s’est agi de quitter la Belgique, il a raté son vol, et figurez-vous que – tombé en amour avec le folklore local – il a décidé de ne plus quitter Bruxelles”. L’homme, nous dit-on encore, est le plus fin connaisseur des traditions folkloriques du pays, et célèbre donc bien légitimement l’ouverture du festival en donnant un concert d’ouverture surréaliste, mêlant rock, doo wop et rap.

Sopico, rappeur rockeur

Même les artistes qui doivent se produire quelques heures plus tard restent bouche bée. Sur la place de l’église Saint-Martin, Antoine Wielemans assiste, mi-amusé, mi-médusé, à cette entrée en matière. Le leader des Girls In Hawaii vient présenter Vattetot, premier et très joli album en solitaire. Essoré par une longue tournée avec son groupe, confiné comme tout le monde durant de longs mois, Antoine s’est lentement mis à composer pour lui, retrouvant au passage l’usage du français. Moins excentrique que McLoud (ce qui n’est pas très difficile), le chanteur guitariste a donc l’immense l’honneur d’interpréter ses titres dans la très belle église de la ville et hypnotise aisément un public religieusement assis dès 21h30. Le résultat est beau, planant, porté par la grandeur des lieux.

Les Aralunaires fêtent Arlon avec du Maitrank, des concerts et un Américain fou
©Johann Poezevara

Le public festif, lui, s’est réuni quelques dizaines de mètres plus bas, à l’Entrepôt, petite salle locale surchauffée pour l’occasion. On y découvre du jazz, les belles compositions du trompettiste français Béesau qui s’efface gentiment derrière un saxophoniste aguicheur et un batteur au groove diabolique. Deux Maitrank plus tard, voilà qu’arrive Sopico, rappeur rockeur de passage à Arlon avant de s’offrir un Olympia dans son Paris natal. Une fois encore, le style est radicalement différent. Le texte et certes rappé, mais les guitares sont grunge, rock, parfois punk, et l’énergie qui s’en dégage galvanise la foule locale. “Arlon n’est pas prioritaire sur la carte des bookeurs” nous expliquait il y a quelques jours l’un des programmateurs du festival. Tukan, Commander Spoon, Avalanche Kaito, Asa Moto, Bolis Pupul, Grandbrothers, Lalalar et bien d’autres, fouleront pourtant les scènes locales jusqu’à dimanche soir. Avec une telle affiche, on leur tire notre chapeau.