Régine, "la reine de la nuit", est décédée à l'âge de 92 ans

La chanteuse et actrice s’est éteinte dimanche à 92 ans.

St. Bo.

"Régine nous a quittés paisiblement ce 1er mai à 11 h", en région parisienne, a annoncé à l'AFP Daphné Rotcajg, la petite-fille de la chanteuse, actrice et femme d'affaires reconnaissable à sa chevelure rousse et ses tenues en imprimés léopard. Elle avait 92 ans. "La reine de la nuit s'en va : fermeture pour cause de longue et grande carrière", s'est également exprimé dimanche dans un communiqué l'humoriste français Pierre Palmade, ami proche de Régine. "Partie avec sa boule à facettes et sa gouaille chaude et rassurante, Régine avait fait danser pendant plus de trente ans dans ses boîtes de nuit les stars du monde entier."

Elle échappe à la déportation

Ce goût pour la fête, les strass et paillettes, Régine, née Régina Zylberberg le 26 décembre 1929 à Anderlecht de parents juifs polonais, le cultive dès l’enfance. Fillette, elle passe des nuits entières à attendre que son père, joueur invétéré, rentre du casino, rêvant à ce à quoi elle pourrait se destiner plus tard. C’est que la vie n’est pas tendre avec la petite Régine. Alors que sa mère a fui pour l’Argentine deux ans après sa naissance, elle est contrainte, en 1932, d’émigrer à Paris, car son père a perdu la boulangerie familiale au poker. Elle, sa sœur et son frère sont alors placés dans plusieurs pensionnats puis, pendant la Seconde Guerre mondiale, trouvent refuge dans diverses villes de France. En 1941, à Aix-en-Provence, elle échappe ainsi à la déportation grâce à des Français non juifs. Un peu plus tard, elle rejoint Lyon. Elle tombe amoureuse du neveu du grand rabbin, Bernard Schonberg, qui, au moment de lui demander sa main, est arrêté par la Gestapo puis déporté.

À la Libération, son père ouvre un café à Paris, " La lumière de Belleville" . Très vite, il demande à sa fille d'en prendre les commandes. Elle découvre, dans le même temps, les bals américains, le jazz, le bebop… En 1947, à l'âge de 17 ans, elle épouse un apprenti maroquinier, Paul Rotcage, dont elle aura un fils, Lionel Rotcage (1948-2006). Elle épousera Roger Choukroun en 1969 en secondes noces.

Au début des années 1950, c’est à Juan-les-Pins, station balnéaire animée d’Antibes, qu’elle décroche un emploi comme vendeuse dans une boutique. Elle s’éprend vite de son atmosphère festive avec ses clubs à la mode et ses défilés de vedettes. Elle passe également pas mal de temps à la Côte d’Azur, où elle côtoie de nombreuses célébrités.

Une vingtaine de discothèques

En 1955, elle devient DJ et barmaid au club "Whisky à Gogo" à Saint-Germain-des-Prés, ce qui lui permet de se constituer un solide carnet d'adresses. Un an plus tard, à 27 ans, elle ouvre sa première boîte de nuit, " Chez Régine" , à proximité de la prestigieuse avenue des Champs-Élysées. Elle fait remplacer les jukebox par des tourne-disques et des DJ. Très vite, le lieu attire le tout-Paris et la jet-set : Françoise Sagan, Brigitte Bardot, Rudolf Noureev… En tout, une vingtaine de discothèques s'ouvriront aux quatre coins du monde : New York, Miami, Monte Carlo, Rio, Le Caire, Saint-Tropez, Deauville, Canne, Istanbul, Montréal… Régine s'impose comme LA "reine de la nuit", devenant "l'emblème des nuits folles jusqu'au petit matin, elle-même dansant sur la piste jusqu'à la fermeture", a rappelé dimanche Pierre Palmade.

Chanson et cinéma

Icône des nuits parisiennes endiablées, Régine se plaît aussi sous les projecteurs. Elle se lance donc dans la chanson. Écriront notamment pour elle Charles Aznavour ( "Nou nours "), Henri Salvador ( "Oublie-moi" ), Serge Gainsbourg ( "Les P'tits papiers "), Frédéric Botton (" La Grande Zoa ") ou encore Barbara (" Gueule de nuit "). Elle se produira sur les scènes du monde entier : Bobino, L'Olympia, Les Folies Bergère… et Carnegie Hall (New York), devenant, avec Edith Piaf, l'une des rares Françaises à avoir conquis l'Amérique. Elle tournera également dans une dizaine de films : Jeux de massacres d'Alain Jessua, Robert et Robert de Claude Lelouche ou Les Ripoux de Claude Zidi.

En 1984, elle fonde l'association SOS Drogue international. Les années 1990 sont, elles, émaillées par une série d'échecs dans la gestion de ses affaires (fermetures de l'hôtel "Cheval Blanc" à Nîmes et du club "Le Palace " à Paris). Pas de quoi toutefois miner le moral de cet infatigable boute-en-train qui, en 2015, avait entamé une tournée, la première depuis 1969. "La retraite ? Je ne suis absolument pas pressée ! assurait-elle à l'AFP. J'ai un futur sympathique jusqu'au jour où je serai mangée par mon boa, comme dans ma chanson, et que la vie s'arrêtera !"