Demi-finale du concours Reine Elisabeth: deux beaux Haydn, deux grandes sonates russes

Piccotti et Pejcic séduisent dans leurs concertos, Shadrin et Heise bouleversent avec Schnittke puis Chostakovitch.

Nicolas Blanmont
Demi-finale du concours Reine Elisabeth: deux beaux Haydn, deux grandes sonates russes
©D.R.

L’Italienne Erica Piccotti (22 ans) ouvre la soirée avec le concerto en ré majeur de Haydn. Sa lecture séduit d’emblée par sa sensibilité et son intelligence, et on note le choix original des cadences de Maurice Gendron. Evitant de verser dans l’anecdote, la candidate garde une expressivité et une élégance constantes, mais quelques accidents d’intonation çà et là pourraient lui être reprochés.

Demi-finale du concours Reine Elisabeth: deux beaux Haydn, deux grandes sonates russes
©D.R.

Benjamin de ces demi-finales, le Serbe Petar Pejcic (20 ans) a choisi le même concerto, mais les cadences sont de sa plume. Ce n’est pas un détail, pas plus que le fait qu’il se donne la peine de jouer les tuttis avec l’ORCW avant même d’attaquer sa partie soliste. Sa cadence du premier mouvement est empreinte d’une originalité de bon aloi, avec ce qu’il faut de virtuosité discrète et même un bref soupçon d’orientalisme. Le reste de sa lecture n’a peut-être pas autant de poésie que celle de Piccotti, mais sa flamme et son inventivité – reflétés par de constantes mimiques de ses yeux – valent leur pesant d’or.

Demi-finale du concours Reine Elisabeth: deux beaux Haydn, deux grandes sonates russes
©D.R.

Avec au piano l’inusable mais toujours solide Dana Protopopescu (accompagnatrice du Concours depuis trente ans, de retour après dix ans d’absence !), Oleksiy Shadrin (Ukraine, 28 ans) commence son récital avec Wie aus der Ferne, l’imposé de Daan Janssens. Sa lecture est très maîtrisée, mais sans donner l’impression d’un véritable approfondissement. On le sent plus à l’aise dans l’univers lunaire d’Alfred Schnittke, dont la première sonate op. 129 est un formidable moment de technique mais surtout d’intensité. Le pensionnaire de la Chapelle Reine Elisabeth poursuit avec une interprétation de l’Elégie op. 24 de Gabriel Fauré, expressive mais un peu convenue, avant de conclure par la virtuosité élégante des Variations sur un Thème de Rossini de Bohuslav Martinu où l’on croit déceler parfois une légère fatigue.

Demi-finale du concours Reine Elisabeth: deux beaux Haydn, deux grandes sonates russes
©D.R.

L’Allemand Konstantin Heise, secondé au piano par Yukie Takai, termine la soirée avec, lui aussi, quatre pièces. La première est une vraie rareté : la Pampeana n°2 op. 21, œuvre de l’Argentin Alberto Ginastera qui permet déjà d’attester de beaux moyens techniques. Wie aus der Ferne de Daan Janssens voit le jeune candidat allemand passer du mode combattant à un mode plus interrogatif, mais le moment fort de sa prestation sera une bouleversante lecture de la sonate op. 40 de Chostakovitch. Conclusion en solo, plus pittoresque mais brillante, avec les Variations sur un thème de Paganini du très oublié Bottermund.

Demi-finale du concours Reine Elisabeth: deux beaux Haydn, deux grandes sonates russes
©D.R.