Demi-finale du concours Reine Elisabeth: deux concertos paisibles, deux récitals de feu

C’est dans leur récital que les lauréats éblouissent. Papa Haydn réduit à jouer les utilités ?

Nicolas Blanmont
Demi-finale du concours Reine Elisabeth: deux concertos paisibles, deux récitals de feu
©D.R.

Léger retard pour la première séance : le studio 4 plongé dans la pénombre, l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie installé, les photographes devant la scène. La Reine Mathilde arrive, on peut commencer.

Taeguk Mun (Corée, 28 ans) a choisi le concerto en ré majeur de Haydn. Dans l’allegro moderato d’entrée, son approche plus moderato qu’allegro et, du coup, presque routinière : ce premier mouvement manque de flamme et d’aspérités, et même sa cadence – de sa main – est dans le mode rêveur. Le reste est à l’avenant : du beau violoncelle, avec des sonorités rondes et des phrasés élégants, mais un candidat peu au fait de ce que le mouvement baroqueux a pu apporter à cette musique.

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Ella van Poucke (Pays-Bas, 28 ans) séduit elle aussi par la sonorité bien pleine de son instrument, mais l’univers de Haydn ne lui semble pas beaucoup plus familier. Elle a opté pour le premier concerto en ut majeur, se contenant de reprendre les cadences de Haydn. Elle se laisse un peu surprendre quand le tempo s’accélère au début de l’allegro molto, mais reprend très vite le contrôle des opérations et boucle le parcours avec maîtrise sinon avec conviction.

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Il revient à Anton Spronk (Pays-Bas/Suisse, 27 ans) d’assurer la création de Wie aus der Ferne, l’imposé de demi-finales, une œuvre de Daan Janssens qui fait référence (mais il faut le savoir) à des œuvres éponymes de Schumann et Wagner et qui voit le violoncelle s’opposer au piano puis s’en rapprocher. Avant cela, on l’aura entendu, avec l’accompagnement délicat de Naoko Sonoda, délivrer des lectures sensibles et expressives de la sonate en ut majeur n° 4 de Beethoven et des Märchenbilder de Schumann, même si l’intonation s’égare parfois dans les aigus. Après un joli Klid de Dvorak, le frémissant Papillon de Fauré est donné avec brio mais non sans élégance.

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Virtuose accompli et musicien intense, le Coréen Woochan Jeong, 21 ans, surclasse ses prédécesseurs. Bien soutenu par Roberto Gallardo au piano, il ouvre avec la sonate en ré mineur de Debussy, dont il exploite à merveille tous les contrastes et les univers, et poursuit avec une lecture intense et très riche du Wie aus der Ferne. Vient ensuite et en conclusion la splendide sonate Arpeggione de Schubert. Confirmant qu’un candidat qui a l’audace de jouer du Schubert dans un concours, et qui plus est de le placer en fin de programme, est un musicien au-dessus de la mêlée, capable des plus belles et grandes choses.