Demi-finale du concours Reine Elisabeth: Jeremias Fliedl et Joseph Haydn, deux Autrichiens en phase

Le compte-rendu des demi-finales du concours Reine Elisabeth, ce mardi soir.

Martine D. Mergeay
Jeremias Fliedl.
Jeremias Fliedl. ©D.R.

En route pour le troisième Concerto n°2 de Haydn de ce mardi, introduit avec art par l’ORCW placé sous la direction de Vahan Mardirossian. Marcel Johannes Kits, Estonie, 27 ans, qui avait joué avec l’orchestre, se glisse tout naturellement dans la partie soliste, même si son jeu et sa sonorité - un peu pincée - ne semblent pas appartenir au même univers que celui de ses compagnons. Dans des nuances plus douces, le mouvement central lui sera plus favorable et plus encore le finale, mené cette fois sur le mode endiablé, et brillamment maîtrisé.

Marcel Johannes Kits.
Marcel Johannes Kits. ©D.R

Le quatrième concerto en ré du jour est confié à l ‘Autrichien Jeremias Fliedl, 22 ans, genre Harry Potter avec catogan. Le musicien aime jouer, dans tous les sens du mot, prendre des risques, multiplier les surprises, les coups de théâtre, et s’amuser. Il se rangera quand même aux exigences de la très classique cadence de Gendron et, dans l’adagio, fera entendre l’intensité et l’intériorité tant aimées au premier tour. Un allegro joyeux, aux accents populaires viendra conclure cette bouffée de (savante) liberté.

Anouchka Hack émeut avec Brahms, Min Ji Kim révèle Britten avec éclat

Accompagnée par Victor Santiago Asención, Anouchka Hack, Allemagne, 26 ans, introduit son récital par Trois Pièces de Nadia Boulanger, façon d’ouvrier naturellement l’écoute et les cœurs. Sonorités rondes et lumineuses (pas très puissantes), sens du discours, vivacité, le moment est heureux. Ce sera ensuite la 2e sonate de Brahms, chef d’œuvre absolu où les somptueuses mélodies et les enchevêtrements thématiques seront transcendés par les musiciens, dans un élan commun, éperdu, vital, avant le finale au climat rasséréné. Avec la même intensité, le duo transformera l’imposé en un véritable thriller, avant le traditionnel exercice de virtuosité, amusant mais inutile, ici signé Cassado.

Demi-finale du concours Reine Elisabeth: Jeremias Fliedl et Joseph Haydn, deux Autrichiens en phase
©D.R

Tout autre monde avec la Coréenne Min Ji Kim, 27 ans, accompagnée par Tatiana Chernichka, qui débute avec un imposé sombre, violent, très investi, révélant déjà de superbes sonorités et de très grands moyens. Ce que Schumann, donné sur le mode hyper-romantique, tour à tour poignant et échevelé, vient confirmer. Et plus encore la rare sonate de Britten op. 65, une suite de cinq scènes plongées chacune dans un univers sonore, sémantique et technique spécifique, et un défi relevé ici avec brio. Plus une étourdissante Ronde des lutins d’Antonio Bazzini, juste pour rigoler (une fois).

Demi-finale du concours Reine Elisabeth: Jeremias Fliedl et Joseph Haydn, deux Autrichiens en phase
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