Demi-finale concours Reine Elisabeth : prestation séduisante de Simon Tetzlaff, bon sang ne peut mentir ?

"Il est de la famille de …?" "Oui, c’est son fils !"

Nicolas Blanmont
Demi-finale concours Reine Elisabeth : prestation séduisante de Simon Tetzlaff, bon sang ne peut mentir ?
©Belga

Le catalogue des œuvres de Haydn recense six concertos pour violoncelle, mais deux sont clairement apocryphes et deux autres sont perdus et sans doute apocryphes aussi. Le choix est donc binaire : do majeur ou ré majeur. Pour les deux candidats de cet après-midi, ce sera le premier. L’Américain James Baik, 20 ans, joue avec flamme et générosité : son adagio est un très beau moment de lyrisme pudique, et son allegro molto final est plein de verve. Le choix des cadences de son collègue Steven Isserlis sort assurément des sentiers battus, mais son final trahit parfois une certaine nervosité. Même flamme et même générosité chez Hayoung Choi, 24 ans, mais la Coréenne témoigne en outre d’une maturité musicale qui fait mouche : elle domine son concerto avec sensibilité et maîtrise, convaincant en outre par des cadences de sa main, audacieuses mais jamais déplacées.

James Baik
James Baik ©D.R
Hayoung Choi
Hayoung Choi ©D.R

Gueule d'ange, talent évident mais aussi patronyme célèbre : Simon Tetzlaff, est le genre de candidats dont la salle se demande s'il est de la famille de, et dont tous les membres du jury savent répondre que « oui, c'est son fils ». Fils du violoniste Christian (et neveu de la violoncelliste Tanja), Simon Tetzlaff fait sans doute face à une certaine pression, mais il sait s'y prendre. En bonne entente avec le pianiste Thomas Hoppe, il s'échauffe joliment avec deux préludes et fugues du Finlandais Einojuhani Rautavaara. Vient ensuite une lecture assez poétique de la sonate en ré mineur de Debussy, puis une approche inventive et personnelle du Wie aus der Ferne : on y découvre des choses qu'on n'avait pas encore entendues, sans savoir si toutes sont de la main du compositeur. Final dans une belle tradition chambriste allemande, avec une lecture sensible et pudique de la sonate n° 4 de Beethoven : du grand art.

Demi-finale concours Reine Elisabeth : prestation séduisante de Simon Tetzlaff, bon sang ne peut mentir ?
©D.R

Elève de la Chapelle musicale Reine Elisabeth, Riana Anthony (29 ans, Etats-Unis) bénéficie de l’accompagnement attentif et soigné de Dana Protopopescu. Elle commence avec l’imposé de Daan Janssens, une lecture précise mais plutôt littérale qui éblouit sans doute moins mais qui fait justice au texte. La sonate en ut majeur de Prokofiev est abordée avec prudence mais de façon méthodique, chaque moment trouvant sa caractérisation même si l’humour grinçant du compositeur ne s’y retrouve pas nécessairement. On s’attend à la retrouver plus libérée dans l’opus 70 de Schumann, où elle laisse effectivement s’épanouir son archet, mais des signes de fatigue ternissent un peu cette fin de prestation.

Riana Anthony
Riana Anthony ©D.R