Demi-finale du concours Reine Elisabeth: l’optimiste communicatif de Bryan Cheng dans le concerto de Haydn

Deux récitals captivants et prêtant à réflexion entre la maîtrise de Sul Yoon et la fougue de Ybai Chen.

Martine D. Mergeay
Demi-finale du concours Reine Elisabeth: l’optimiste communicatif de Bryan Cheng dans le concerto de Haydn
©CMIREB

La soirée de ce troisième jour de demi-finale s’ouvre sur le Concerto n°1, en ut majeur, de Haydn, choix du Canadien Bryan Cheng, 24 ans, un candidat souriant, détendu, qui s’y lance avec fougue et assurance. Le jeu est ample, affirmé, inscrit dans des sonorités brillantes et puissantes. Peu de nuances à ce stade, et un orchestre qui surenchérit, mais la donne changera dans l’adagio, intense et chantant, avant un allegro final pris à tombeau ouvert, grisant de virtuosité et d’optimisme, tout Haydn sauf le style.

Le même concerto prend de tous autres accents et couleurs (y compris à l’orchestre) avec le Russe Ivan Sendetskiy, 25 ans, qui y instaure un certain climat de gravité, on pourrait même dire de sérieux, les sonorités sont chaudes mais peu homogènes, et le discours, sur la réserve. C’est dans l’adagio que le musicien se découvrira, créant l’émotion par un chant très personnel, conduit avec grâce et intériorité. Quant au finale et ses folles péripéties, Sendetskiy les affrontera avec maîtrise, il parviendra même à y introduire des contrastes bienvenus mais sans ce feu et cette joie que le mouvement appelle.

En seconde partie de soirée, la Coréenne Sul Yoon, 26 ans, ouvre son récital avec la chatoyante Sonate op.58, de Mendelssohn. Accompagnée au piano par Yuki Takai, la jeune femme fait valoir d’emblée un jeu vif et maîtrisé, traversé par l’enthousiasme passionné de Mendelssohn, mais où le duo peine à trouver son équilibre sonore. Un allegretto plus âpre que scherzando, un adagio, fervent, grave, ici étrangement sombre, et un finale filant comme le vent, révéleront progressivement l’étendue des moyens techniques et la personnalité puissante de la candidate. Impression confirmée dans l’imposé et surtout dans Debussy, mélange fascinant de charmes et de maléfices.

Virage à 180 degrés avec l’arrivée du Chinois Ybai Chen, 20 ans, qui ouvre son récital seul avec la sonate que Ligeti composa tendrement, à 25 ans, pour le seul instrument qu’il ait jamais appris, un bref épisode lyrique et un presto redoutable et fantasque qui valent au jeune homme une première ovation. Avec Naomi Sonoda au piano, la pièce de Janssens est tout simplement une ré-création par son incroyable engagement et l’application implacable, parfois ingrate et finalement payante, des indications (nombreuses et précises) du compositeur. La mythique sonate de Chopin viendra compléter le récital, un peu emportée dans le vaste premier mouvement, mais irrésistible : les sonorités sont amples et brillantes et, délivré de toute entrave technique, le jeu est incroyablement libre et naturel. Il faudra encore creuser le texte et apprendre l’art des nuances…