Demi-finale du concours Reine Elisabeth : Olexiy Shadrin, l’unique candidat ukrainien, opte pour un élégant classicisme

En récital, deux candidats captivants qu’on espère retrouver en finale

Martine D. Mergeay
Demi-finale du concours Reine Elisabeth : Olexiy Shadrin, l’unique candidat ukrainien, opte pour un élégant classicisme
©Concours Reine Elisabeth

Olexiy Shadrin, 28 ans, candidat ukrainien en résidence à la Chapelle, a choisi le 1er Concerto en ut majeur de Haydn, pour lequel l’ORCW et son chef Vahan Mardirossian lui ouvrent la voie avec allant et élégance. Et c’est bien ainsi que le soliste l’entend : les sonorités sont lumineuses et modulées avec goût, de quoi faire valoir la variété mélodique de l’allegro initial et d’en détailler la conduite. Les belles lignes de l’adagio central sont ensuite énoncées sotto voce, en dialogue intime et doux avec l’orchestre, avant le feu d’artifice final, totalement maîtrisé et mené en une grande et belle respiration.

L’Allemand Constantin Heise, 20 ans, se présente dans le même concerto, pris, ici aussi, dans un tempo très allant, et dansant, un peu vertical. Le jeune musicien, s’y montre moins à l’aise que dans son récital et connaît même quelques accrocs dans la cadence (pourtant de sa plume). Dans l’environnement attentif de l’orchestre, l’adagio reste fragile mais offre quelques moments sublimes ; quant à l’irrésistible finale, Heise le mènera avec succès, un peu précipité au début mais de plus en plus assuré, et dès lors, inventif et convaincant.

Surdouée mais inégale, (à leur 3e passage, les candidat.e.s commencent à être connu.e.s…), l’Italienne Erica Piccotti, 22 ans, a eu le chic de proposer deux récitals entièrement distincts : ce sera le premier, ouvert sur la sonate de jeunesse (op.6) de Richard Strauss, avec Anna Nareto au piano. Bon choix : d’un lyrisme passionné, l’œuvre s’inscrit idéalement dans la manière de la musicienne, un peu impulsive dans l’allegro initial mais bouleversante dans l’adagio, même si ses sonorités ne sont pas des plus séduisantes, et libre et imaginative dans le finale. Après un imposé confirmant sa capacité à s’emparer d’une partition, les élans post-romantiques de Respighi (chavirant) et les joyeusetés de Cassado élargiront encore la démonstration de sa musicalité et de son tempérament.

Le Serbe Petar Pejcik, 20 ans, a, lui aussi, l’art d’imposer l’écoute, mais plutôt par l’autorité de son discours dans la fameuse sonate pour violoncelle seul de Ligeti, dotée de surprises et de contrastes sidérants, somme toute en affinité avec l’imposé qui suit, et qu’on finira même par aimer (Tatiana Chernichka au piano)… Pièce maîtresse du programme, la Sonate en ré mineur op.40 de Chostakovitch ( avec partition (?!) rappelle un autre atout majeur du musicien : l’incroyable variété de ses couleurs, inscrites dans des sonorités chaudes, rondes, puissantes ou douces ; et encore : son art de raconter - de « dire » - la musique. Liberté et virtuosité jubilatoire en sus. Un des grands musiciens de la session.

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