Demi-finale du concours Reine Elisabeth: sonorité de rêve et cadences hors temps, le Haydn miraculeux de Woochan Jeong

La Néerlandaise Ella van Poucke livre également une prodigieuse sonate de Schnittke.

Nicolas Blanmont
Demi-finale du concours Reine Elisabeth: sonorité de rêve et cadences hors temps, le Haydn miraculeux de Woochan Jeong
©Concours Reine Elisabeth

La cadence de fin de mouvement dans un concerto est à la musique classique ce que le solo de guitare est au rock : un break permettant à un musicien d’improviser et de briller sans se soucier de ses collègues avant de retrouver le fil du morceau commun. Au Concours Reine Elisabeth, quelques candidats (de moins en moins) se contentent de reprendre les cadences attribuées au compositeur, d’autres empruntent à d’illustres collègues et de plus en plus écrivent eux-mêmes. Dans le concerto n° 2 de Haydn, Anton Spronk (Pays-Bas/Suisse, 27 ans) a choisi trois sources différentes : l’illustre violoncelliste David Geringas, son professeur Jens-Peter Maintz et lui-même pour le troisième mouvement. Son jeu est équilibré, plein de goût et raffiné, mais il reste – même dans le mouvement lent – d’étonnants petits accrocs d’intonation.

Dans le même concerto, Woochan Jeong (Corée, 21 ans), lui, joue ses propres cadences. Plus longues, nettement plus longues que la moyenne : du temps volé au temps. Hyper travaillées et répétées, sans doute, mais qui ont le chic de prendre l’apparence de l’improvisation. Ce Haydn est éblouissant de générosité et de force, le candidat prend un plaisir sensuel à jouer de son instrument, mais ce qui séduit plus encore est la chaude rondeur de sa sonorité.

Son compatriote Taeguk Mun (28 ans) joue son récital en chronologie inversée. Une lecture fidèle et énergique du Wie aus der Ferne de Daan Janssens, puis une brillante restitution de la périlleuse sonate pour violoncelle seul de Ligeti. Reste alors, pour séduire la salle, la sonate en sol mineur de Chopin, avec Noreen Polera au piano. On sent tout à la fois la volonté du candidat de trouver pour chaque mouvement le caractère adéquat et un souci constant de perfection technique, mais le tout reste un peu en surface, sans toucher vraiment.

Ancienne de la Chapelle Reine Elisabeth, Ella van Poucke (Pays-Bas, 28 ans) commence les Fantasiestücke op. 73 de Schumann : c’est à la fois soigné et énergique, mais sans jamais bouleverser. Avec son pianiste Caspar Vos, elle aborde ensuite la sonate n° 1 de Schnittke, hallucinant kaléidoscope d’émotions successives et véritable moment d’intensité. L’imposé

de Daan Janssens puis la Danse du diable vert de Gaspar Cassadó viennent encore souligner la puissance expressive et la virtuosité de la candidate, mais sa sonate de Schnittke, un des sommets de ces demi-finales, a déjà tout dit.

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