Demi-finale concours Reine Elisabeth : Deux Haydn très contrastés, deux récitals intenses

Quand on retrouve dans le visage de deux amies le reflet de jeux très opposés.

Nicolas Blanmont
Anouchka Hack
Anouchka Hack ©D.R

Encore deux fois le concerto n° 2 de Haydn cet après-midi : deux exécutions, presque opposées, par deux candidates aux cultures musicales très différentes même si elles sont amies. La seule observation de leurs visages est déjà éminemment parlante. Anouchka Hack (Allemagne, 26 ans) joue en rondeur et fluidité, avec aux lèvres un sourire tout à tour rêver, hédoniste ou extatique. Il y a quelques accidents d’intonation au départ, mais la candidate sait dépasser cette phase de nervosité, même si l’ensemble de sa prestation restera marqué d’une certaine prudence.

Le visage de Min Ji Kim (Corée, 27 ans) prend, au contraire, un masque de douleur presque constant. On la sent hyper concentrée et même tendue, le regard rivé sur ses doigts, et en même temps désireuse de convaincre et même de triompher. Loin du classicisme, la Coréenne tire Haydn vers le romantisme, avec des cadences brillantes (de sa main), un vibrato prononcé et une volonté de briller, mais le résultat ne manque pas de panache.

Demi-finale concours Reine Elisabeth : Deux Haydn très contrastés, deux récitals intenses
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Candidat expérimenté et déjà couronné dans plusieurs concours, Marcel Johannes Kits (Estonie, 27 ans) a cette force de pouvoir monter sur scène et rentrer directement dans la concentration nécessaire. Avec Naoko Sonoda au piano, il propose d'emblée une lecture vive et intense de l'Adagio et Allegro op. 70 de Schumann. Concentration maximale aussi pour le Wie aus der Ferne de Janssens, proposé avec une très belle palette de nuances et un véritable souci d'expressivité. La sonate de Poulenc est, pour le candidat estonien, l'occasion de montrer légèreté et sens de l'humour, mais aussi pas mal de poésie, avant de conclure avec l'inévitable (vraiment ?) pièce pyrotechnique : le Scherzo de Julius Klengel, violoncelliste virtuose allemand de la fin du XIXe.

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Aux âmes bien nées… Le jeune (22 ans) Autrichien Jeremias Fliedl a construit un programme de grande maturité. Il témoigne de sa maîtrise technique et de son respect du texte dans l'imposé de Daan Janssens. Puis, toujours avec Victor Santiago Asuncion au piano, il poursuit avec une lecture frémissante de la sonate en la mineur Arpeggione de Schubert, moins bouleversante peut-être que celle de Woochan Jeong lundi, mais pleine d'esprit et riche de sublimes pianissimi. Sa lecture du Kol Nidrei de Bruch est tout en subtilité et en poésie, préparant ainsi un contraste fructueux avec le brillant Scherzo et Tarantelle op. 16 de Wieniawski, dans un arrangement du regretté Heinrich Schiff que Fliedl eut la chance d'avoir comme professeur.

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