Demi-finale du concours Reine Elisabeth: Stéphanie Huang, souveraine au bout de la nuit

La candidate belge signe un récital remarquable. Mais les places en finale seront chères !

Nicolas Blanmont
Demi-finale du concours Reine Elisabeth: Stéphanie Huang, souveraine au bout de la nuit
©Concours Reine Elisabeth

Hédonisme et sérénité au rendez-vous pour Samuel Niederhauser, 24 ans, dans le deuxième concerto de Haydn. Position impeccable, jeu élégant, mèche parfaitement en place, le Suisse semble vouloir afficher sa maîtrise, et le choix des cadences de Maurice Gendron confirme une option de classicisme. Mais son interprétation n’est pas sans failles et, au final, ne convainc pas totalement.

Seul candidat français encore en lice et pensionnaire de la Chapelle Reine Elisabeth, Florian Pons, 27 ans, a, lui, choisi le concerto n° 1 en ut majeur, et les cadences sont de sa main. Le regarder peut donner le mal de mer, car il oscille sans cesse latéralement, et son visage alterne une suite de mimiques diverses qu’on finit par reconnaître comme un cycle. Il se montre d’une émouvante sensibilité dans l’adagio central, puis se lance à corps perdu dans l’allegro molto final, avec générosité mais non sans risques.

Côté récital, Keisuke Morita (Japon, 25 ans) place d'emblée la barre très haut avec une magnifique sonate en la majeur de Beethoven, en vrai partenariat avec la pianiste Anna Naretto, et son Wie aus der Ferne est riche de couleurs, d'effets et de tensions nouveaux. Mais le Japonais surprend avec l'ordre choisi pour la suite : d'abord la très virtuose Danse des elfes, avec lesquels tous les autres auraient terminé, et ensuite les très belles mais exigeantes Strophes sur le nom de Sacher de Dutilleux. Délicieux pied-de-nez aux convenances.

L'ordre dans lequel Stéphanie Huang présente son récital est plus traditionnel. C'est, d'abord, l'imposé de Daan Janssens, donné avec beaucoup d'application et de concentration, lunettes au bout du nez, mais dont on sent qu'elle s'en acquitte d'abord pour se sentir plus en paix ensuite. La paix prend la forme d'une formidable lecture de la version pour violoncelle de la sonate en la majeur de César Franck, une œuvre qu'elle connaît et maîtrise d'autant mieux qu'elle vient de l'enregistrer pour la récente intégrale Fuga Libera (là, c'était avec Jean-Claude Vanden Eynden, ici c'est avec Dana Protopopescu). Viennent ensuite les Variations sur un Thème de Rossini de Bohuslav Martinu qu'elle arrive à rendre brillantes à souhait, tout en y ajoutant quelque chose de plus. Et, en couronnement d'une prestation qui devrait la propulser en finale, la désormais populaire Danse du diable vert de Gaspar Cassadó : là aussi, plus que de la virtuosité pure.