Demi-finale du concours Reine Elisabeth : la phénoménale Hayoung Choi enchante par ses audaces inouïes et sa maîtrise

Simon Tezlaff et James Baik en dessous des attentes.

Martine D. Mergeay

En présence de la Reine, l’Allemand Simon Tezlaff, 24 ans, ouvre cette dernière soirée de demi-finales avec le Concerto n°1 de Haydn, en ut majeur. Les enjeux sont nombreux pour le musicien qui semble nerveux à en juger par une certaine instabilité rythmique et une difficulté à établir l’alliance avec l’orchestre. La cadence (qu’il signe lui-même) sera l’occasion de trouver son centre de gravité et d’enchaîner avec un merveilleux adagio, mélancolique, spirituel, mené comme dans un rêve. Le musicien se détend, et c’est dans un sourire qu’il abordera le finale ; les sonorités ne sont pas des plus séduisantes mais ici le jeune Tezlaff mène enfin la danse et semble y prendre plaisir.

L’Américaine Riana Anthony, 29 ans - artiste en résidence à La Chapelle - lui succède dans ce même concerto en ut majeur, dans lequel elle sera à son meilleur : calme autorité, sonorités corsées, parfois ingrates mais brillantes et bien projetées, musicalité imaginative. Elle offrira un très bel adagio, et un finale étourdissant en dépit de quelques signes de fatigue.

La seconde partie de la soirée accueille le récital de l’Américain James Baik, 20 ans, qui a choisi de jouer la Sonate de Francis Poulenc, deuxième de la journée, très différente de celle de Bryan Cheng, ne fut-ce que par le type de sonorités - ici plutôt fines et parfois un peu acides. Tout est pensé, construit, cultivé, mais dans le climat feutré où poésie se confond avec nostalgie, notamment dans la cavatine, donnée uniment sotto voce et dans un tempo très lent. Il n’empêche, dans ces nuances quasi intimistes, James Baik parvient à sortir un imposé soutenu et convaincant. Sa formidable technique permet un Fauré tout virevoltant (Papillons…) mais les Fantasiestücke de Schumann manquent vraiment de corps et de puissance.

Toute autre histoire, avec la dernière candidate du jour et du second tour, la Coréenne Hayoung Choi, 24 ans, accompagné par la pianiste Tatiana Chernika. Dans la sonate de Britten - qui n’est pas vraiment une sinécure…-, elle s’impose d’emblée par son incroyable assurance : le jeu est puissant - et on ne parle ici de décibels -, sensuel, fourmillant d’idées et soutenu par une technique d’enfer. Dans le Cappriccio hallucinant de Penderecki, pour violoncelle seul, elle fait entendre des sons inouïs, burlesques - elle aussi parvient à faire rire le public -, ou inquiétants ou mystérieux, tapés, frottés, pincés, avec l’archet, les doigts, la main, et soudain d’une douceur à faire pleurer les pierres… Rarement, au cours de cette session, on entendit quelques chose d’aussi exigeant sur le plan technique, d’aussi « tenu » et d’aussi libre. L’exploit se répète avec Aus Die Ferne de Janssens, soudain tout neuf, et électrisant. A ce stade, on se serait bien passé de Paganini, mais voir la jeune femme s’amuser à ce point dans un contexte à priori aussi stressant fut un plaisir dont, a posteriori, on n’aurait pas voulu se passer. On l’espère en finale.