Concours Reine Elizabeth : Bryan Cheng enivrant dans Widmann, surpuissant dans Dvorák

Martine D.Mergeay
Concours Reine Elizabeth : Bryan Cheng enivrant dans Widmann, surpuissant dans Dvorák
©D.R.

Toujours aussi souriant et décontracté, le Canadien Bryan Cheng, 24 ans, traverse la scène à grands pas, prend place et entre immédiatement dans le vif du sujet. On l’avait presque oublié mais la première phrase de l’Adagio est là pour rappeler la splendeur de ses sonorités - aidé, il faut en convenir, par un non moins splendide Stradivarius -, et l’extraordinaire intensité de son jeu, que ce soit dans la volubilité du Libelei, ou dans le tendre chant du troisième mouvement, Lied im Volkston. Dans les méandres chaloupés de la Bossanova, c’est presque trop beau, et le musicien - qui joue pratiquement de mémoire - s’amuse, et entraîne musiciens et chef dans son irrésistible bonne humeur. Vif succès !

Et nous voilà dans le Concerto de Dvorák, en si mineur, l’un des phares du répertoire romantique pour violoncelle : le tempo adopté par l’orchestre pour l’introduction est plutôt rapide, et le climat énergique, de quoi accueillir l’entrée puissante du soliste qui semble n’éprouver aucune difficulté à tenir tête à son colossal environnement. Si les sonorités n’ont rien perdu de leur opulence, on notera quand même que le jeune Canadien a tendance à tout jouer en force, et sans faire valoir la richesse de ses couleurs, ni se soucier de parfois baisser le ton au bénéfice d’un jeu plus nuancé, plus abandonné et, finalement, plus expressif (sans compter les problèmes de justesse entraînés par un surcroît de pression).

Le chant poignant de l’Adagio ma non troppo pourrait y prêter mais, à ce stade, ce n’est pas dans la manière du musicien, ni de l’orchestre, qui campent reste résolument dans une position affirmative, toujours aux limites du paroxysme, jusqu’à la magnifique intervention des cors, bientôt relayés par les flûtes et toute l’harmonie, au cours duquel Bryan Cheng donne enfin la mesure de son lyrisme.

Dans le finale - Allegro moderato-, c’est la danse qui s’installe, portée par une rythmique lancinante et une succession de motifs entrainants dont le musicien s’empare avec passion, mais il faudra attendre la réexposition du thème principal pour bénéficier de telles variations de climats et de nuances. L’intensité déchirante de la phrase finale apportera la plus belle des conclusions assortie d’un regret rétrospectif…

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