Concours Reine Elisabeth : Sul Yoon en difficulté, orchestre en fraternité

"Après que les GSM se sont tus", pourrait-on titrer, une nouvelle fois…

Martine D. Mergeay

Première candidate de cette ultime soirée de finale, la Coréenne Sul Yoon, 26 ans, avait laissé un souvenir mitigé lors de ses précédentes prestations. Impressionnante dans son récital, insuffisante dans Haydn, au cours duquel elle aurait été victime d’un claquage musculaire dont on constatera qu’elle souffre toujours. La voici dans les « 5 Albumblätter » de Widmann : sonorités en demi-teintes, défauts de justesse et absence flagrante de connexion avec l’orchestre (lui-même déstabilisé…), on n’est pas loin du malaise. Le reste de la pièce sera hélas à l’avenant, à l’exception d’un mouvement central (Lied im Volkstone) suspendu et intensément habité, signe du potentiel musical et artistique de la jeune femme.

On croise donc les doigts pour le Concerto de Dvorák, qui pourrait mettre en valeur ses qualités expressives pour peu qu’elle et l’orchestre trouvent le moyens de s’entendre. Entrée vaillante, quoique très tendue, le récit prend cours, avec des alternances de réussites - de beaux phrasés amples et expressifs - et de tensions, celles-ci principalement dans les passages rapides où Sul Yoon perd le contrôle du son et de la justesse. Le merveilleux mouvement lent - introduit au hautbois par Joost Gils dont dont nous avons appris que c’est le denier concert au sein du Brussels Philharmonic et que nous saluons au passage… - ouvre une phase de répit bienvenu : le son s’épanouit, enfin, et avec lui l’émotion, dans un dialogue chambriste, fraternel et chaleureux, avec les solistes de l’orchestre, particulièrement attentifs. Le final, Allegro moderato, entrainera à nouveau la musicienne en zone de danger, mais, malgré un tempo très rapide, elle s’y montrera plus à l’aise qu’en début de concert, parvenant même à en soutenir la formidable progression dramatique - avec quelques ralentissements, quand même - jusqu’à sa conclusion, d’autant plus belle et poignante que la jeune-femme était triste, et le laissa paraitre au salut. Mais elle aura tenu le coup et soulevé une intense émotion…