Menacé, Couleur Café s'est sauvé et sublimé

Le festival bruxellois affichait pratiquement complet tout le week-end, malgré une météo compliquée.

Ce fut sans aucun doute, l'édition de tous les dangers. Trois ans après sa dernière édition, Couleur Café retrouvait enfin le parc d'Osseghem (Bruxelles) ces 24, 25 et 26 juin. Un mois jour pour jour après la tenue du Core festival venu le concurrencer sur ses propres terres. L'un des pires week-ends de l'été sur le plan météo, tous les sites spécialisés prévoyant depuis des jours des litres de pluie, des rafales de vent et un vilain orage. L'enfer sur terre pour un festival qui jouait clairement sa survie dans un secteur ultra-concurrentiel, où les cachets des têtes d'affiche ont littéralement explosé face à un public toujours plus difficile à attirer.

Menacé, Couleur Café s'est sauvé et sublimé
©JC Guillaume

Vlaamse rap et jazz finaud

Vendredi après-midi, lorsque Youssou N'Dour monte sur scène, les craintes demeurent. La plaine qui fait face à la grande scène est faiblement garnie. Il ne pleut plus, mais on ne sait pas si cela va durer, et le chanteur sénégalais a beau s'époumoner, le public semble bien difficile à chauffer. Idem quelques centaines de mètres plus loin dans le bucolique théâtre de verdure, où le reggae de Blaiz Fayah peine à emballer une assistance léthargique. Puis vient ce qui ressemble fort à un instant "T", l'emballement salvateur qui va tout changer.

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©JC Guillaume

Vers 21h, une éclaircie pointe le bout de son nez. Les masses commencent à arriver. D'un coup, les allées semblent bondées, les cocktails prestement enfilés, et les scènes animées. Musicalement, Zwangere Guy enflamme tout le monde avec ses grosses punchlines en flamand et ses airs de sale ket bruxellois. The Comet It Coming livre un jazz aussi festif que raffiné, et Fally Ipupa puis Panda Dub clôturent joliment la soirée. Allez, c'est pratiquement gagné.

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©JC Guillaume

Dub and Dubber

Couleur Café peut respirer, mais les trombes d'eau font finalement leur entrée. Samedi, c'est piscine de boue et Kway pour tout le monde. Les sarouels sont trempés, le maquillage commence à couler, le deuxième round s'annonce plus compliqué. Mais la très belle affiche de la journée (Lee Fields, IAMDDB, Romare, Pongo, Shaggy, Carl Craig) se joue à guichets fermés, et les festivaliers honorent bel et bien leur billet d'entrée.

C'est la folie sur la Black Stage électronique, la transe collective devant le Kuduro portugais de Pongo, et l'allégresse devant la Dub Stage. On soupçonne d'ailleurs une petite centaine d'amateurs de reggae de ne pas quitter cette scène du week-end. Là, pieds nus plongés dans la gadoue, les corps balancent de gauche à droite, surplombés de sourires béats et de volutes chanvrées. On a presque envie d'y aller, c'est un peu cliché mais joliment assumé.

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©JC Guillaume

Seule exception à la règle, dimanche soir, lorsque Dub Inc - légende française du genre - s'invite sur la main stage, donnant lieu à une grande transhumance de rastamen hilares, s'aventurant exceptionnellement en-dehors de leur pré-carré vénéré en sifflotant.

D'autres, eux, restent carrément sous terre, dans le "Swag Bar", sorte de petit Speakeasy logé sous un pont où l'on sert exclusivement des shots de vodka, quand ce dernier ne vous est pas simplement offert.

Menacé, Couleur Café s'est sauvé et sublimé
©JC Guillaume

L'affiche du jour, vaut pourtant largement la peine de quitter sa caverne. Les Cubains de Cimafunk donnent LA performance du festival avec leur groove survitaminé. STIKSTOF (toujours avec Zwangere Guy) sort le gros son et montre que les rappeurs flamands n'ont pas grand-chose à envier aux anglo-saxons, et il ne reste plus à BCUC puis Nathy Peluso à clôturer tout cela. Les deux tiers des 67 000 festivaliers présents durant le week-end étaient des femmes, nous dit l'organisation.

Au-delà des genres, la réelle multiculturalité de l'assistance fut belle à voir, tant cela reste chose rare dans le domaine de la musique live. En resserrant sa programmation autour des musiques et cultures afro-caribéennes, Couleur Café a retrouvé ses bases et honoré son esprit initial. Son public a suivi, l'avenir semble joliment tracé.

Menacé, Couleur Café s'est sauvé et sublimé
©JC Guillaume
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