Billie Eilish, voix d'une génération, était phénoménale au Sportpaleis

L'artiste américaine était de passage à Anvers ce mardi soir pour sa tournée "Happier Than Ever". Elle a offert un spectacle intense, haut en couleur et mémorable.

Billie Eilish, voix d'une génération, était phénoménale au Sportpaleis
©Matty Vogel

En 2015, la jeune Billie Eilish publiait un tout premier titre sur la plateforme en ligne SoundCloud : “Ocean Eyes”. Une ballade écrite avec son frère, Finneas O’Connell, dans leur chambre d’ado, avec les moyens du bord. La Californienne n’a, alors, même pas encore 14 ans. Sept ans plus tard, son succès est tout simplement colossal : Billie Eilish cumule les récompenses (sept Grammy Awards, un Oscar, un Golden Globe…), pulvérise les records d'écoutes en streaming, truste les classements internationaux avec ses sept millions d’albums vendus, et possède une centaine de millions d’abonnés sur les réseaux sociaux. Ce mardi 28 juin, elle était de retour en Belgique au SportPaleis d’Anvers, avec, cette fois, un tout autre statut que lors de ses précédents passages au Botanique et au Pukkelpop. L’autrice-compositrice américaine est une superstar, aujourd'hui, une personnalité ultra-médiatique, un phénomène générationnel.

Passer de sa chambre aux plus grandes salles de concert à travers le monde n'est certainement pas chose aisée. Les chansons n’ont pas été composées avec cet objectif-là. Certains couplets sont chuchotés, d'autres murmurés. Les productions sont minimalistes, les sons parfois acoustiques. Les textes, eux, évoquent des thèmes lourds, comme la dépression ou les envies suicidaires (“ Everything I Wanted”, “Listen Before I Go”).

Ont-ils du sens et de la puissance lorsqu'ils sont repris en chœur par 20 000 personnes dans des Arenas impersonnelles et gigantesques ? Colossale, la tournée Happier Than Ever - nom du deuxième album publié par Billie Eilish en juillet dernier - aurait pu déprécier la charge émotionnelle de sa musique. C'est pourtant tout le contraire qui se passe : l'échange avec le public est intense, certains fans pleurent, d'autres crient. Ce qui se déroule sous nos yeux est unique.

"Vous êtes ici en sécurité"

Nous sommes dans un "safe space", indique la jeune femme, un espace qui prône la bienveillance, une zone de non-jugement. À de nombreuses reprises, elle demande à ses fans s'ils se sentent bien, leur propose de se relaxer, de ne plus penser à leurs tourments, inspirer, expirer… "Fermez les yeux… Vous êtes ici en sécurité, vous êtes aimés", assure-t-elle. Par moments, Billie Eilish se mue en coach de vie, en professeure de yoga, ou plutôt en grande sœur protectrice. Ses deux albums, When We All Fall Asleep, Where Do We Go ? (2019) et Happier Than Ever (2021) retracent ses maux adolescents, le mal-être vécu à cette époque complexe, l'anxiété ravageuse de la puberté. Son public, largement composé de jeunes (mais pas que), s'y identifie pleinement.

La star, qui vient de fêter ses 20 ans, commence à sortir de cette période charnière et endosse aujourd’hui un rôle presque maternel. Elle n’hésite d'ailleurs pas à arrêter ses chansons pour appeler la sécurité lorsque plusieurs spectateurs font des malaises dans la fosse, et exige que des bouteilles d’eau soient amenées aux premiers rangs. Il faut dire qu’il fait extrêmement chaud dans cette salle. Pendant plus d’une heure et demie, l’Américaine se donne entièrement. Elle saute partout, se glisse sur le sol, se rapproche du public pour lui tendre le micro, escalade la plateforme surélevée où se trouvent le batteur, Andrew Marshall et Finneas, son frère de quatre ans son aîné, qui tient la basse et le clavier.

Billie Eilish, voix d'une génération, était phénoménale au Sportpaleis
©Matty Vogel

En équilibre

Avec une énergie ultra-communicative, elle enflamme la foule d'entrée de jeu avec les hits "bury a friend", "You should see me in a crown", "All the good girls go to hell" et, bien sûr "Bad Guy". La puissance des basses donne presque la sensation d'être en club. Les très belles versions acoustiques de "Your Power" et de l'inédit "TV", viennent alors offrir des passages plus calmes. Durant ces deux titres, la chanteuse en profite pour dénoncer la récente décision de la Cour Suprême américaine d'abolir le droit à l'avortement aux Etats-Unis, comme elle l'avait déjà fait lors de son show çà Glastonbury (Royaume-Uni). "F*ck the Supreme Court", lance-t-elle, avant d'interpréter "OverHeated", "bellyache" et "bored", depuis une nacelle installée à l'arrière de la salle. Une manière de saluer les spectateurs du fond qui, d'habitude, ne voient pas grand-chose à ce qu'il se passe devant. Billie pense décidément à tout...

L’autrice-compositrice fait le show à elle toute seule. Beaucoup se seraient sans doute sentis tout petit sur cette immense scène. Certains auraient peut-être eu tendance à compenser en ajoutant danseurs, effets multiples, changements de tenues incessants. En tee-shirt large et short de cycliste et cheveux décoiffés, Billie Eilish s’en fiche, le public aussi. Tout est différent avec elle.

Billie Eilish, voix d'une génération, était phénoménale au Sportpaleis
©Matty Vogel