Thomas Dutronc : "On a trouvé notre rythme de croisière, et la croisière s’amuse"

Les Dutronc père et fils sont à l’Arena 5 ce vendredi. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont un festival à eux deux.

Thomas Dutronc : "On a trouvé notre rythme de croisière, et la croisière s’amuse"
©AFP

Attention, un Dutronc peut en cacher un autre. Depuis 2007 et le succès de son premier album, Comme un manouche sans guitare, Thomas, le fils, est sous les feux de la rampe. Jacques - un prénom prédestiné car il le fait volontiers et avec talent - est relativement plus discret depuis sa grande tournée 2010. Après deux sorties exemplaires avec Johnny et Eddy dans le cadre des "Vieilles Canailles", en 2014 et 2017, il coulait des jours tranquilles parmi ses havanes et ses chats à Monticello, en Corse.

Jusqu'à ce que, l'an dernier, le fils parvienne à faire sortir le père du maquis pour une tournée commune d'une quarantaine de dates. ThomDu, lui, n'en revient toujours pas : "J'ai du mal à réaliser, dit-il, c'est un peu vertigineux dans tous les sens. Se retrouver avec son père, et pas n'importe lequel, avec ses chansons géniales. Il ne ressemble à personne d'autre."

Cela se comprend aisément, l'émotion prévaut sur scène. Au départ, les choses n'allaient pas de soi, "il avait peur qu'on fasse trop de jazz, mais je lui ai dit non". Pour que ça marche, "il fallait qu'il accepte de se laisser un peu aller, de me faire confiance. Je comprends que ce ne soit pas évident, je suis son fils. Il en a vu d'autres".

Communication sans paroles

Ce n'est pas simple pour Thomas non plus : "Je me suis mis la pression pour lui offrir quelque chose de bien, un groupe, un écrin…" Cela fonctionne, puisque, sur scène, on voit le vétéran de la chanson décapante sourire comme jamais : "On communique un peu sans paroles, comme on a toujours fait. Il ne va rien dire. Cela passe par des devinettes, des musiques, des sourires. Il y a eu beaucoup d'émotion dès le départ", relève Thomas Dutronc.

Pour le coup, Jacques Dutronc se pique au jeu : "Il y a beaucoup de fierté à être son fils, enfin, un peu, c'est surtout une fierté de le voir sur scène avec moi, aussi beau, aussi charismatique, et de le voir chanter aussi bien." Pas question de débarquer comme il le fait parfois au studio, savourant un havane au sortir de la sieste : "Pour la scène, mon père se met en condition, il fait des inhalations de je ne sais pas quoi, il chauffe sa voix, il chante super."

Nonobstant, la tournée millésimée 2022 de Dutronc & Dutronc a commencé en salles. "Le plein air, on n'a eu qu'une journée pour répéter, ce n'est pas simple." Il y eut quelques couacs au festival Aluna, à Ruoms, en Ardèche, le 24 juin, mais "depuis Montauban, on a trouvé notre rythme de croisière, et la croisière s'amuse. Tu vois, c'est le but".

Les cons dans le bus

Sur scène, les Dutronc et Dutronc bénéficient des talents du pianiste Éric Legnini, qui, d'origine hutoise, fait carrière à Paris, et brillamment avec ça. "Éric est impressionnant dans tout ce qu'il gère. Il a deux ordis avec plein de samples et de boucles, plein de claviers. On s'entend bien. Après Aluna, on a fait les cons dans le bus jusqu'à 7 heures et demie du matin, en empêchant tous les autres de dormir."

Outre les liens musicaux, il y a une raison à cette complicité entre Éric et Thomas : "Fait rare : il est très talentueux et super gentil à la fois, pas prétentieux pour un sou, juste très humain. Il est connaisseur en vins. Sa belgitude n'est pas complètement étrangère à ses qualités."

Ces deux-là bossent comme des fous. Cet entretien eut lieu mardi, alors que ThomDu se rendait en taxi chez Éric à Paris pour répéter entre deux festivals. Ils ont du pain sur la planche : un album studio de reprises des Dutronc et Dutronc, avec quelques chansons non jouées sur scène, pour parution le 4 novembre prochain, sans doute complété par un album en public. Pas d'inédits ? Si, mais pas en même temps : "J'ai décidé qu'on ferait ça en septembre, on a un bon mois sans concert. J'ai demandé à Alex Huntley de Franz Ferdinand, que j'ai rencontré grâce à Clara Luciani, de composer deux ou trois titres. On va essayer de faire une chanson inédite, deux, trois, quatre… Pour un album ou peut-être un maxi 45 tours."

"Un des dernies géants"

En attendant son propre album, au frigo depuis plus de deux ans, Thomas Dutronc savoure pleinement le plaisir de partager la scène avec Jacques, "un des derniers géants, avec des chansons qui n'ont pas bougé d'un poil. C'est rare, les artistes qui peuvent chanter les premières chansons qui les ont fait connaître cinquante ans plus tard. À part les Stones…"

À Bruxelles, il n'y aura pas d'invité spécial, comme Matthieu Chédid, le copain de classe, le fut au festival Aluna il y a quelques jours. Même pas BJ Scott pour "La fille du père Noël" : "Si Annie Cordy était encore là, on l'aurait fait avec elle. On l'aimait beaucoup. Elle a chanté 'L'hôtesse de l'air' sur l'album anniversaire des 70 ans de mon père, il y a sept ou huit ans. Je crois bien."


Dutronc & Dutronc, Arena 5 Festival, au Heysel à Bruxelles le 1er juillet. / Encore le 13 décembre à Forest-National.