Tiens, Pearl Jam fait à nouveau du garage rock

Eddie Vedder et les siens ont livré un concert puissant, intense et émouvant à Rock Werchter jeudi soir.

Tiens, Pearl Jam fait à nouveau du garage rock
©JC Guillaume

On entend rarement une rockstar bafouiller. Encore moins une bête de scène et de charisme comme Eddie Vedder. Mais, jeudi soir, au beau milieu du show, le frontman de Pearl Jam semble confus, hésitant. Eddie cherche ses mots, transpire de fragilité, laisse son regard se perdre dans le vide, au lieu de sauter dans tous les sens comme il en a l'habitude. "C'est un moment un peu particulier" lance-t-il à la foule silencieuse. "Parce qu'il y a vingt ans, au Danemark, neuf personnes perdaient la vie pendant un de nos concerts. C'était au Roskilde Festival, et on ressent encore cette douleur comme si c'était arrivé hier".

"Nous sommes en contact avec les familles" poursuit Eddie, grave, intense et réellement affecté. "Nous partageons encore leur douleur. Prenez soin les uns des autres". Silence, émotion, applaudissements nourris pour les neuf victimes du mouvement de foule qui leur a couté la vie le 30 juin 2000, et avait maintenu le groupe éloigné des festivals jusqu'en 2006.

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Depuis lors, la légende grunge de Seattle s'est produite à cinq reprises sur la plaine Brabançonne. Alors, ce jeudi après-midi, à l'heure d'arriver sur place, leur sixième prestation à venir nous émoustille à moitié. Il y a d'autres priorités : les Irlandais de Fontaines D.C. et leur post-punk intense, étonnamment programmés à 14h après avoir livré de mémorables prestations à Primavera (Barcelone) et Glastonbury (Royaume-Uni), puis l'énergie incroyable des soeurs Haim, que l'on est tout heureux de retrouver en chair et en os après les avoir aperçues au cinéma chez Paul Thomas Anderson dans le superbe "Licorice Pizza". Sur scène, comme à l'écran, Alana vole la vedette à ses aînées, nous gratifie de ce regard frondeur mi-méprisant, mi-aguicheur, et le trio emballe facilement le très large public présent en ce milieu d'après-midi avec son rock fun et hédoniste.

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On l'avait annoncé, ça a fini par arriver : la drache nationale s'est offert une fort belle entrée en scène, pile poil pendant le show de Cigarettes After Sex, timing parfait. Parce que deux petites heures plus tard, on a plutôt envie de chaleur, de grandes bières et d'accolades, sur le soul rock fabuleux des Black Pumas. On savait le groupe texan bien coté et immanquable sur scène. On ne fut pas déçu. À la guitare et au chant, Eric Burton est fort, touchant. Sa voix typiquement soul fait des merveilles, et son binôme Adrian Quesada s'autorise quelques solides solos de lead guitar, dynamisant à souhait des compos parfois un rien proprettes sur disque.

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On ne sait pas si Eddie Vedder était en coulisse, mais à l'heure de monter sur scène, à 23h, monsieur aborde un joli T-Shirt Black Pumas et fait rapidement l'éloge du groupe. Sympa, petit coup de pub gratuit devant 80.000 personnes. Tête d'affiche incontournable, Pearl Jam fait donc son entrée. Les fans de toujours sont là, les autres aussi. Mike McCready (guitare solo), Stone Gossard (guitare rythmique), Jeff Ament (basse) et Matt Cameron (Batterie) lancent le "Rain" des Beatles, "I Believe in Miracles" des Ramones, puis "Why Go" et "Even Flow", tous deux tirés du classique Ten (1991), histoire de mettre tout le monde d'accord d'emblée.

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Le groupe est déchaîné, surpuissant. Jamais nous ne les avions vus si intenses ces dix dernières années. "Corduroy" puis les petits nouveaux "Quick Escape" et "Dance Of The Clairvoyants" font leur apparition. Eddie Vedder hurle, chante divinement, et effectue ses petits sauts habituels. Mike McCready se lâche complètement, livre des solos d'anthologie, et parcourt lui aussi la scène dans tous les sens. Manifestement, le Covid a donné un solide coup de fouet à un groupe, toujours parfait, mais parfois un rien en pilote automatique tant les morceaux font le boulot à eux tout seul. "Do The Evolution", "Given To Fly", "Jeremy" et "Porch" résonnent. La bande se retire, et revient bien évidemment finir le travail avec "Black", "Alive" et le "Rockin In A Free World" de l'ami Neil Young. Ce soir, Pearl Jam n'était pas une légende, mais un vrai groupe bien viscéral de Garage Rock. Merci Eddie, au revoir, et à dans deux ans.

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