Au festival de Dour, c'est déjà la folie

Le festival hennuyer s'est ouvert mercredi soir dans la joie, l'allégresse et surtout d'excellents concerts. À Dour, c'est déjà la fête.

Au festival de Dour, c'est déjà la folie
©B. Görtz

Le gazon est absolument impeccable, verdoyant, "un billard" comme diraient nos collègues des pages "Sports" lorsqu'ils commentent un match de foot. Dour 2022 a pourtant commencé dès le début de la semaine, dans le camping, où des milliers de festivaliers assoiffés de bière et de musique peuvent officiellement satisfaire leurs besoins depuis lundi matin. Selon nos confrères de Sud Presse, 61.500 Cara Pils et 15.000 pots de nouilles ont déjà été vendus par le Colruyt du village. Voilà qui s'annonce prometteur.

"Dour, c'est une communauté" précise Mathieu Fonsny, qui co-programme l'affiche du festival depuis une dizaine d'années. "Après trois ans sans festival, s'est posée la question de savoir comment la cajoler. Certains festivals ont ajouté des scènes, des journées, voire des week-ends supplémentaires. Nous, on a décidé d'ouvrir le camping trois jours avant et d'y proposer de la musique, des activités, permettre aux gens de se retrouver un peu plus tôt".

Sept jours de festival

Les fanatiques du plus festif des rassemblements belges auront donc sept jours au total pour se détendre en plein soleil, car le festival - le vrai - s'est ouvert ce mercredi soir dans une ambiance extraordinaire. Longtemps et injustement réduit aux excès de certains de ses festivaliers, Dour est avant tout une immense source de découvertes. Le public danse à s'en arracher les orteils, hurle avec les rappeurs, et s'époumone sur le fameux "Douuureuuuuuh" de foule qui retentit à chaque concert, mais ll ne faudrait pas oublier que les quelque 250 shows programmés proposent également de la pop, du rock, du reggae, des choses indéfinissables et énormément de nouvelles sonorités.

De l'émergence, de la découverte

"La crise a entraîné une inflation des cachets" regrette Mathieu Fonsny. "Certains festivals sont prêts à mettre beaucoup d'argent. Certains artistes, eux, veulent compenser deux ans d'inactivité et sont arrivés en disant "si vous me voulez, il va falloir mettre trois fois plus que ce que je valais il y a trois ans". On a décidé de ne pas rentrer là-dedans pour nous concentrer sur l'expérience, l'ambiance, élaborer une affiche fouillée qui propose, par exemple, une dizaine de noms de la nouvelle scène jazz londonienne et une bonne partie de la scène électronique ougandaise via le label Nyege Nyege. En rock, même si nous avons dû renoncer à une scène totalement consacrée aux guitares, on a fait un peu de place pour de futurs grands comme Los Bitchos, Black Country New Road ou Black Midi. L'ADN de Dour, c'est d'emmener les gens vers ce qu'ils ne connaissent pas encore, leur faire découvrir des artistes ou des genres qu'ils ne pensaient pas du tout venir voir initialement."

Ambiance de folie

Citons encore le trip-hop envoûtant de Sevdaliza, la techno du maître Laurent Garnier, les expérimentations sonores de Squarepusher, ou la pop, plus accessible, d'Angèle. "On nous a beaucoup demandé si Angèle avait sa place chez nous" répond Mathieu Fonsny. "Si elle n'était pas trop commerciale pour un festival de musique underground comme Dour. Pour moi, la question ne se pose pas. Comme Stromae ou Damso, Angèle représente la Belgique, c'est une artiste dont on est fiers. Elle partage totalement les valeurs du festival, et sa présence a tout son sens".

Ce mercredi soir, la grande scène sur laquelle se produira Angèle samedi soir n'est pas encore opérationnelle. Quatre des huit scènes ont ouvert leurs portes pour "pré-chauffer" le public en bonne et due forme. Quand les quatre musiciens bruxellois de ECHT! commencent à jouer, une bonne partie du public s'enivre encore dans le camping. Mais après dix minutes, une vague de spectateurs arrive, puis une autre, attirée par la puissance des gaillards, mêlant jazz, basses et bidouillages électroniques.

Lorsque Charlotte Adigéry et Bolis Pupul font leur entrée une heure plus tard, c'est carrément la folie. La foule est là, joyeuse, déchaînée, portée par ce duo, belge lui aussi, à qui une merveilleuse carrière semble promise. Reste encore Parcels, Carl Cox, et les centaines d'autres annoncés d'ici dimanche. En quelques heures à peine, Dour a retrouvé tout son souffle, son ambiance incroyable, et rappelé à tous ceux qui l'auraient oublié, pourquoi ce festival est si particulier.