Rammstein, un peu de suie, beaucoup de poésie

Le groupe de métal allemand était de passage à Ostende ce mercredi soir, pour clôturer sa tournée européenne. Un deuxième round est prévu ce jeudi.

Rammstein, un peu de suie, beaucoup de poésie
©Mathieu Golinvaux

Le pizzaïolo ostendais est à deux doigts de la rupture d'anévrisme. De lourdes gouttes de sueur tombent de son front rougeaud, ses veines saillantes sont surchargées, son regard vide en dit long sur l'intensité de sa journée. Depuis trois bonnes heures, des hordes de fans barbares en quête de nourriture et de houblon prennent d'assaut son petit café. La mer n'est pas loin, le parc De Nieuwe Koers non plus, le lieu semble tout indiqué pour se préchauffer avant l'un des concerts les plus attendus de l'été.

Rammstein, un peu de suie, beaucoup de poésie
©Mathieu Golinvaux

Ces mercredi et jeudi soir, plus de 100 000 amateurs de métal et de pyrotechnie sont attendus sur la Côte pour voir Rammstein clôturer sa longue tournée européenne. Le groupe berlinois est déjà passé par le Stade Roi Baudouin (Bruxelles) juste avant le Covid, mais qu'importe, les billets de leur double retour en Belgique se sont arrachés en quelques minutes. Les gens veulent du feu, de la fureur et de l'Allemand.

Procession de fans

Les pizzas traînent, le restaurateur souffre, de grands gaillards affublés de shorts en jeans et de T-shirts noirs quittent le bistro pour se précipiter vers la plaine de tous les dangers, sans même avoir mangé. Comme souvent, lorsqu'un concert événement a lieu, la grande allée qui mène au site a des allures de procession religieuse. Les fans sont hilares, extatiques, arborent pratiquement tous l'un ou l'autre blason de leur groupe culte, dont le merchandising doit sérieusement rapporter.

Rammstein, un peu de suie, beaucoup de poésie
©Mathieu Golinvaux

On nous dit en coulisse que les six membres originaux de Rammstein, eux, sont particulièrement détendus. Till se fait quelques verres, Richard peaufine son maquillage, un peloton de groupies fait son entrée, la routine, pour une formation issue de l'underground est-allemand, devenue rassembleuse et presque familiale ces derniers temps.

On laisse le "greenwashing" à Coldplay

À 20h35 précises, Rammstein fait son entrée. Le très justifié "Music For The Royal Fireworks" de Handel retentit pour annoncer "Armee der Tristen" et "Zick Zack", tous deux extraits du dernier album - Zeit - sorti en 2022. Ca hurle, ça boit, ça lève les bras... La foule est heureuse, et le site ostendais réellement impressionnant, tout en offrant une acoustique bien plus agréable que dans l'infâme Stade Roi Baudouin. La suite est un pur bonheur, "Links 2,3,4", "Sehnsucht" et "Mein Herz Brennt" nous replongent dans la vraie grande période du Rammstein, fin 90 - début 2000, lorsque la simple évocation de ce nom donnait encore des frissons de terreur.

Rammstein, un peu de suie, beaucoup de poésie
©Mathieu Golinvaux

Pendant que Coldplay tente vainement de greenwasher sa tournée en replantant des arbres de l'autre côté de la planète, le groupe allemand ne s'embarrasse pas vraiment de ce genre de détail. Les gigantesques tours de baffles réparties aux quatre coins du site balancent des volutes de fumée noir charbon, et les mecs consomment des milliers de litres de kérosène pour faire exploser la scène ou se brûler les uns les autres, tantôt avec un lance-flamme, tantôt avec un char d'assaut. Finesse, poésie, amusement garanti.

Cordon de stewards

Le reste est attendu, on sait que vont tour à tour arriver un arc à flèches en flammes, un micro agrémenté d'un poignard, un sexe géant propulsant de la mousse blanche dans la foule (toujours chic), et une flopée d'outils pyrotechniques conçus sur mesure pour le groupe. Passés deux ou trois hits récents, dont un "Deutschland" toujours aussi efficace, Rammstein sort sans surprise les grosses cartouches : "Mein Teil", "Du Hast", "Sonne".

Rammstein, un peu de suie, beaucoup de poésie
©Mathieu Golinvaux

Le moment semble idéal pour aller prendre une bière, mais curieusement, tous les accès vers le bar sont bloqués. Fureur, angoisse, des hordes de stewards se tiennent par les bras pour empêcher les vigoureux spectateurs de se frayer un passage. On ne comprend ce qui se trame que dix minutes plus tard, lorsque les membres du groupe passent à quelques centimètres de nous pour rejoindre la scène centrale. Till regarde droit devant lui, Richard fume sa clope, cool, tranquille, la routine. "Engel", "Ausländer" et l'incroyable "Du Riecht So Gut" retentissent, avant l'enchaînement royal de "Rammstein" et "Ich Will". On a beau avoir vu ce show plusieurs fois, le spectacle prend à tous les coups, et cette venue ostendaise semble plus séduisante encore que les précédentes.

Rammstein, un peu de suie, beaucoup de poésie
©Mathieu Golinvaux