Iggy Pop ou comment faire exploser un festival de jazz

Iggy était de passage au Jazz Middelheim, samedi soir, pour un concert punk et survolté.

Iggy Pop ou comment faire exploser un festival de jazz
©Thomas Verfault

Difficile de faire plus contrasté. D'un côté, Jazz Middelheim, festival chic et huppé situé dans le magnifique et un rien guindé Parc Den Brandt anversois. De l'autre, Iggy Pop. À 75 ans, "l'iguane" comme il s'appelle lui-même arpente encore les scènes du monde entier à moitié nu, en hurlant des insanités face à un public multigénérationnel et surexcité. On l'aurait imaginé à Rock Werchter ou Pukkelpop. Middelheim a décroché la timbale, et offert Iggy en mode "intimiste" à une audience ne dépassant pas les 5000 âmes.

Pas moyen d'échapper à la Duvel

Samedi, dès l'ouverture du site, difficile d'imaginer les hits volontairement crasseux des Stooges (groupe de monsieur Pop de 1967 à 1974) déferler sur le parc. Un magnifique château trône à deux doigts de la scène. La douve censée le protéger des barbares (ou des punks) est à sec - climat oblige - et le gotha de la société anversoise enchaîne les Duvel au soleil en devisant poliment. L'ambiance est curieusement bohème. Des familles ont prévu nappes et sièges, deux quadragénaires lisent tranquillement un bouquin à l'ombre, et de petites files se forment gentiment devant des Food trucks végétariens, pendant que Tom Barman et Antoine Pierre assurent niveau jazz avec leur projet Taxiwars.

Iggy a retrouvé sa voix

La jolie petite ambiance bourgeois-bohème prend son premier coup à 19h30 quand Thurston Moore entre en scène. Plus discret qu'Iggy, mais tout aussi brutal en matière de Rock'n'roll, l'ancien guitariste de Sonic Youth ne s'embarrasse pas des détails et balance de longues plages bruitistes tantôt planantes, tantôt explosives. La transition idéale pour cesser de brandir l'alibi "jazz", et assumer le fait que, ce soir, tout le monde va pogoter. Iggy n'est plus tout jeune, il y a quelques semaines, cette vieille icône increvable était même contrainte d'annuler deux dates, faute de voix, en Italie et en Autriche. Mais ce samedi, à 21h, l'icône a manifestement retrouvé toute sa superbe.

Le micro dans le slip

On ne sait pas si la demande vient du festival, mais le bonhomme fait son entrée en scène avec une veste de blazer... qui reste sur ses épaules royalement cinq minutes. Deux cuivres ont été ajoutés aux claviers, basse, guitare et batterie pour faire plus chic, mais ne nous leurrons pas : Iggy est né et mourra punk. Le bonhomme fait son apparition sur "Five Foot One" et lâche les chiens d'entrée de jeu avec deux hymnes de Stooges : "T.V Eye" et "I Wanna Be Your Dog". Folie, carnage, transpiration. Iggy aime son public, il lui livre exactement tout ce qu'il veut entendre. "The Endless Sea" précède un diptyque dantesque : l'enchainement de "Lust For Life" et "The Passenger". Le son est pourri mais qu'importe, voilà qui renforce l'esprit punk de l'ensemble. "Il y a longtemps, j'étais jeune, pauvre et sale" lance notre hôte. "Je suis toujours sale".

"Un jour, je mourrai aussi"

L'Iguane n'est pas le seul septuagénaire à ne pas lâcher l'affaire, le récent concert des Stones au Stade Roi Baudouin est là pour en attester, mais Mick Jagger ne passe pas son temps à se rouler par terre, et ne range pas son micro dans son slip entre les morceaux.Tout cela pourrait sembler ridicule, mais c'est superbe, sincère, authentique. Passés "James Bond", "Sister Midnight" et "Free", Iggy rend hommage à ses Stooges, feu les frères Ron et Scott Asheton, décédés en 2009 et 2014. "Un jour, je mourrai aussi" lâche-t-il, avant de reprendre au public le peu de dignité qu'il lui restait encore en lâchant "Gimme Danger", "I'm Sick Of You" et "Search and Destroy". À ce stade, le contrat est déjà largement rempli, mais Iggy remonte finalement sur scène avec un "Nightclubbing" d'anthologie, "Down On The Street" et "Fun House". Ne meurs pas Iggy, on a trop besoin de toi ici.

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