King Hannah, le coup de foudre rock'n'roll de ce début d'année

En février dernier, King Hannah sortait "I'm Not Sorry, I Was Just Being Me", superbe album de rock'n'roll atmosphérique dont ne parvient pas à se lasser. Rencontre avec le prodigieux duo de Liverpool, avant sa venue au Pukkelpop ce vendredi.

King Hannah, le coup de foudre rock'n'roll de ce début d'année

On ne réalise pas toujours, ni tout de suite, que l’on est en train d’écouter l’un des albums de l’année. Un premier titre résonne, puis un deuxième. Progressivement, on prend conscience que l’on est captivé, totalement accaparé par l’univers proposé.

Difficile, en outre, de mettre des mots précis sur une émotion, plus encore de définir un ressenti. Comme cela fut déjà énormément écrit au sujet du groupe originaire de Liverpool, il y a du Portishead, du PJ Harvey et du Mazzy Star dans le premier album de King Hannah. Eux préfèrent évoquer Neil Young, l'auteur-compositeur de folk alternative Bill Callahan, les grands espaces américains et les ambiances cinématographiques. Mais un élément lie toutes ces références : la sincérité. Publié en février 2022, I'm Not Sorry, I Was Just Being Me (City Slang) est un petit chef-d'œuvre d'intensité naturelle à l'apparente simplicité.

Craig Whittle impose d’emblée un son et une ambiance envoûtants, qu’il fait volontairement exploser à coups de riffs après de longues montées en puissance. Hannah Merrick joue soigneusement de son magnétisme, pour y ajouter mélancolie et subtilité. Le résultat est brillant, à l’image des trois chefs-d’œuvre que sont "The Moods That I Get In", "Foolius Caesar" et "Go-Kart Kid (Hell no)", ou des plus planants "Berenson" et "It’s Me And You, Kid" qui viennent clôturer l’album.

"Je veux simplement créer quelque chose que les gens puissent ressentir", explique Whittle, 30 ans, lorsque nous rencontrons le duo à Barcelone en marge de sa venue au festival Primavera Sound, début juin. "Imposer une ambiance, une humeur, une atmosphère chaude et émotive, comme parvient à le faire une formation comme Yo la Tengo." "Manifestement, nous sommes deux personnes sentimentales et passionnées", poursuit Hannah Merrick, de quatre ans son aînée. "Tous ces morceaux sont personnels, 'Go-Kart Kids' revient sur mon enfance, mais il ne s'agit pas d'un besoin d'exprimer quoi que ce soit, juste de raconter des histoires."

Hannah naît et passe son adolescence dans un trou perdu du pays de Galles. La majorité à peine dépassée, elle débarque à Liverpool au début des années 2010 pour y étudier la musique. Le destin fait le reste. "Un ami à moi jouait de la basse dans un très mauvais groupe, se remémore Craig Whittle. Je suis allé le voir en concert lors d'une session 'open mic' à l'université qui était affreuse. Puis j'ai entendu Hannah et je l'ai trouvée incroyable."

Coup de foudre artistique et amical, qui ne donne rien. Deux ans s'écoulent, les deux artistes en herbe gagnent leur vie avec de petits boulots, et le destin frappe à nouveau lorsqu'ils se retrouvent à nettoyer des tables dans le même bar de la ville. "Je l'ai immédiatement reconnue et j'ai dit à Hannah que je l'avais trouvée incroyable sur scène", se souvient Craig. "Je crois que tu étais embarrassée, non ?" (rires) "Pas vraiment, j'ai toujours su que je voulais chanter, j'ai toujours su que je voulais un groupe, et j'ai toujours adoré l'idée qu'une femme soit à l'avant-plan", lâche-t-elle avec une douce assurance.

Le génie vient de l'union de ces deux caractères aux envies et influences communes. I'm Not Sorry, I Was Just Being Me est parfait de bout en bout. Sur scène, l'alchimie du duo est manifeste, son magnétisme intact. Et le duo n'en est qu'à ses balbutiements. De son propre aveu, Craig passe son temps sur Internet pour trouver de nouvelles pédales et "étendre le son du groupe". Si le deuxième album est aussi bon que le premier, King Hannah deviendra grand, très grand.

En concert au Pukkelpop le vendredi 19 août à 17 h 55 sur la scène Lift.