Le Pukkelpop nous refait le coup du Viagra

Ce samedi, Wet Leg, Underworld, Marc Rebillet et surtout les Viagra Boys ont livré quelques-uns des meilleurs concerts de l'été.

Le Pukkelpop nous refait le coup du Viagra
©Mathieu Golinvaux

Le monde va mal. Contraint d'annuler sa tournée européenne pour raison de santé, Limp Bizkit n'était pas de passage à Hasselt, ce samedi, comme initialement annoncé. Pas de quoi se désoler, cela fait bien longtemps que Fred Durst et ses petits copains de jeu ont perdu tout attrait. Le côté sale gosse provocateur et un rien demeuré étant, par ailleurs, de moins en moins en phase avec les évolutions de notre société, où "bienveillance" et "inclusivité" reviennent plus souvent dans le vocabulaire commun que "Nichons", "vomi" et "baston".

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©Mathieu Golinvaux

Mais on ne se débarrasse pas aussi facilement que cela des vestiges du Nu Metal. À 12h25, sur la Main Stage, le festival nous fait l'immense honneur d'ouvrir sa journée avec Bizkit Park, groupe de reprise desdits métalleux et autres vieilles gloires des nineties. "Fashion faux pas" comme dirait Cristina Cordula dans ses "Reines du shopping", qui sera pratiquement le seul de la journée, tant l'affiche est de qualité.

Le Pukkelpop nous refait le coup du Viagra
©Mathieu Golinvaux

Al-Quasar se réapproprie les codes de la musique orientale pour en faire une sorte de rock'n'roll arabisant original et joliment efficace, attirant son petit monde en tout début d'après-midi. Les Clockworks sont à deux doigts de parodier les Arctic Monkeys tant ils en reprennent les gimmicks, et Kill Birds puis Shame célèbrent brillamment le grand retour des guitares rutilantes. Suivent, dans le désordre, Yard Act, Mdou Moctar, Wet Leg, Job Jobse et Little Simz, tous fortement recommandés. On ne sait plus où donner de la tête.

Le Pukkelpop nous refait le coup du Viagra
©Mathieu Golinvaux

Nous choisissons... De ne pas choisir et de filer voir Marc Rebillet. Le musicien franco-américain est fou, complètement fou, et tout aussi immanquable sur scène. Généralement affublé en tout et pour tout d'une robe de chambre, Rebillet s'est fait un nom grâce à de petites capsules vidéo tournées dans son appartement, où il improvise des compositions au piano et aux platines en fonction des demandes formulées en direct par les internautes.

Sur scène, le principe est le même. Toujours vêtu d'une robe de chambre en soie et d'un slip relativement laid, le musicien au charisme incroyable et l'humour complètement décalé s'agite dans tous les sens, demande au public de choisir le rythme et les sons à l'applaudimètre, et se jette régulièrement sur les premiers rangs. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'asticot remplit la scène Marquee... en ne faisant pas grand-chose. Tout son génie réside dans l'ambiance, cette faculté innée à créerune sorte de one man show fun, surprenant et unique, qu'il ponctue en vidant deux grands extincteurs dans les airs.

Le Pukkelpop nous refait le coup du Viagra
©Mathieu Golinvaux

La fin de la journée n'est qu'une immense fête. Dix minutes nous laissent tout juste le temps de foncer au Dance Hall pour célébrer la techno de la fin des années 80 avec Underworld. Le set est carré, attendu, sans surprises, mais Karl Hyde est la personne tout indiquée pour se remettre de Marc Rebillet, dont il partage la folie. Même chose pour les Viagra Boys. Tatoué des pieds à la tête, en slip lui aussi, et la panse honnêtement charpentée, Sebastian Murphy transforme sans le moindre souci le "Club" en chaudron. Le mélange agité, chaotique et fun de garage rock et de post punk proposé par les Suédois est un régal. L'audience finit pratiquement en slip, elle aussi, ce qui devient pratiquement la thématique de la soirée. On ne sait pas comment les programmateurs du Pukkelpop s'y sont pris, mais ce samedi soir, tout était réussi, presque surnaturel, la meilleure journée de festival de l'été.

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©Mathieu Golinvaux