Doel, un festival techno dans une ville (presque) fantôme

Doel, un festival techno dans une ville (presque) fantôme
©Doel Festival

Les ruelles sont désertes, les façades décrépites. Quand elles ne sont pas tout bonnement en ruine, les habitations sont inaccessibles, fenêtres et portes d'entrée ayant été soigneusement recouvertes de plaques de bois ou de métal pour empêcher les badauds d'y pénétrer. Les dizaines de voyeurs qui se baladent pratiquement tous les week-ends dans cette étrange ville fantôme située en périphérie anversoise ont le sentiment de se retrouver dans un décor de cinéma, la reconstitution d'un village soudainement et brutalement laissé à l'abandon. Comme si une violente épidémie faisant passer le Sars-Cov 2 pour un rhume avait contraint la totalité de la population à vider les lieux en quelques heures.

Puis il y a les graffitis, les œuvres de street art élaborées et colorées qui ornent les murs. La seconde vie qui s'est emparée de Doel, devenue au fil des années, un lieu d'expression artistique et de tourisme presque macabre.

Située à quelques centaines de mètres de là, l'imposante centrale nucléaire qui crache de la fumée blanche laisse inévitablement les esprits imaginer les scénarios les plus farfelus. On pense à une alerte nucléaire, une fuite ayant contraint les riverains à tout quitter en laissant leurs biens derrière eux.

La réalité est sensiblement différente. Doel est idéalement situé entre la portion la plus large de l'estuaire de l'Escaut et le port d'Anvers, pile sur la voie d'accès vers la mer. Grande a donc toujours été la tentation de se débarrasser de ce lieu de vie peuplé d'irréductibles nuisibles pour étendre les activités portuaires.

Dès les années 60, le Port d'Anvers a entamé les démarches nécessaires pour faire exproprier la population locale et construire un nouveau dock sur les terres convoitées. Près de trente ans plus tard, début des années 90, les autorités leur ont donné gain de cause et ordonné l'expropriation en question. Beaucoup se sont exécutés, près de 99% des habitants de Doel ont progressivement vidé les lieux, laissant sur place quelques récalcitrants encore présents aujourd'hui.

Les évaluations diffèrent sensiblement, mais on estime qu'une vingtaine de personnes résident encore dans les environs. Des contestations ont été introduites, la justice a lentement fait son travail, et le gouvernement flamand a fini par statuer en 2019, que Doel ne serait pas détruite au profit du port. Aux autorités, désormais, de revendre les maisons acquises au fil du temps, et de lancer un plan de développement des lieux.

En attendant que la chose soit faite, d'astucieux organisateurs d'événement ont proposé aux autorités locales - la commune de Beveren et les résidents de Doel - d'y organiser un petit festival de musique électronique. "Chaque année, une fête folklorique était déjà organisée à Doel par les asbl locales" nous explique Gilles De Decker, organisateur du festival bruxellois Paradise City, qui s'est associé pour l'occasion au Klub Dramatik anversois.

"Il y a trois ans, nos confrères anversois nous ont proposé de monter un projet commun". Ce samedi 17 et dimanche 18 septembre, quatre podiums prendront place dans ce décor surréaliste, où défileront quelque 7000 festivaliers en deux jours. "Pas la peine d'en faire trop" poursuit Gilles De Decker "le décor, c'est le village, l'atmosphère qui s'en dégage. Il y a plein d'œuvres d'art, des magasins et des panneaux publicitaires qui remontent encore aux années soixante ou septante".

Doel, un festival techno dans une ville (presque) fantôme
©Doel Festival

Quatre scènes de taille modeste seront installées dans les quartiers qui ont bel et bien été désertés. "Chacune de ces scènes portera le nom d'une rue" poursuit le coorganisateur du Doel Festival. "La Pastorij Stage est installée dans une longue allée qui prendra des airs de "bloc party" avec une ambiance berlinoise. Ce sera similaire dans la Vissersstraat. Un peu plus loin, une toute petite scène sera montée dans un box de garage plein de graffitis, et un dernier podium avec vue sur l'Escaut sera logé dans un petit champ situé en plein milieu du village".

Musicalement, l'affiche est conçue pour "coller au mieux à l'endroit" : de la techno atmosphérique, planante, ou évocatrice des années 70 et 80 est programmée tout le week-end. "Les autorisations n'ont évidemment pas été faciles à obtenir" précise Gilles De Decker. "Mais nous avons proposé un projet inclusif : les bars serviront la bière et le gin local, le catering des artistes et du crew est fourni par les deux restaurants encore en activité à Doel, et 2.5% des revenus du festival seront reversés à un fonds de développement pour le village".

Les billets pour le samedi sont vendus au prix de 67 euros. Le dimanche, moins rempli, dû entre autres à la journée sans voiture bruxelloise, est désormais proposé à moitié prix. L'affiche propose notamment Donato Dozzy, Lola Haro, Driss Beniss, Hector Oaks et bien d'autres.

Infos et réservations : www.doelfestival.be