Une fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles pas assez belge ?

Les artistes français seront omniprésents, ce vendredi, Grand-Place.

La Grand-Place accueillera le très grand public, ce vendredi 23 septembre. Mais d’innombrables shows sont annoncés dans toute la Francophonie.
La Grand-Place accueillera le très grand public, ce vendredi 23 septembre. Mais d’innombrables shows sont annoncés dans toute la Francophonie. ©BELGA

Ce vendredi, la Grand-Place accueillera des grands noms du paysage musical pour célébrer la Fédération Wallonie-Bruxelles. Bigflo et Oli, les deux rappeurs toulousains, sont annoncés comme la grande tête d'affiche de la soirée. À leurs côtés, on retrouve Benjamin Biolay, qui présentera son dernier album - Saint-Clair - et Christophe Willem qui viendra, lui, lever le voile sur Panorama. Des artistes français pour fêter l'une des Communautés de la Belgique ? La proposition a de quoi interpeller, au moment où les artistes belges ne cessent d'être plébiscités chez nous et au-delà des frontières. Les médias français s'étonnant d'ailleurs régulièrement du vivier musical important qui existe sous nos latitudes restreintes.

Pas de Stromae ni d’Angèle

À l’exception de Lous And The Yakuza, invitée de dernière minute, tous les autres noms belges se retrouvent au bas de l’affiche. On pourra notamment compter sur Zap Mama, qui fait son grand retour cette année et sur quelques nouvelles pousses de la scène belge comme Pierre de Maere, Charles, Mentissa, Rori et ML. Le pianiste Sofiane Pamart et Ycare complèteront le panel français, sans oublier l’artiste suisse Stephan Eicher.

Stromae ne sera pas présent vendredi sur la Grand-Place.
Stromae ne sera pas présent vendredi sur la Grand-Place. ©AFP

L'année dernière, déjà, Clara Luciani et Eddy de Pretto tenaient le rôle de maîtresse et de maître de ce rendez-vous. Denis Gérardy, directeur du Cirque royal et programmateur de l'événement depuis une dizaine d'années, justifie la mise en avant des artistes d'outre-Quiévrain par le faible choix de noms belges connus du grand public. "On a déjà eu Stromae, on a donné une carte blanche à Angèle il y a trois ans. Seuls deux artistes peuvent se positionner en tant que têtes d'affiche en Belgique francophone. Ils n'étaient pas libres. Il n'y avait, dès lors, pas d'autres pistes."

Le risque du 100 % FWB

La fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles est une bonne occasion de faire rayonner les artistes francophones, peu importe d'où ils viennent, tient à rappeler le cabinet du ministre-Président de la FWB, Pierre-Yves Jeholet (MR). "Nous faisons partie de l'Organisation internationale de la Francophonie. On veut aussi mettre l'accent là-dessus, au sens large, pour cette fête sur la Grand-Place. Avoir une affiche 100 % issue de la Fédération Wallonie-Bruxelles, c'est aussi prendre le risque d'avoir les mêmes artistes à chaque édition", assure son porte-parole, Nicolas Reynders.

En 2020, en pleine pandémie, les organisateurs avaient misé sur une affiche uniquement composée de Belges avec Typh Barrow, Noé Preszow, Plastic Bertrand ou encore Loïc Nottet. "Le score n'a pas été mauvais, mais il n'a pas égalé celui des éditions avec de grosses têtes d'affiche hexagonales. Ce n'était pas mal car c'était quand même risqué", soutient Denis Gérardy. Selon lui, il est plus utile de faire jouer les talents émergents devant le plus grand nombre de spectateurs possible. Un public susceptible de se déplacer davantage grâce à l'attractivité des têtes d'affiche françaises. "Quand la personne qui vient pour Bigflo et Oli, découvre Pierre de Maere, là, on aura réussi quelque chose, affirme-t-il. On va toucher un public qui va découvrir des artistes qu'il ne connaît pas, qui ne passent pas souvent à la radio ni dans les émissions télé. C'est important."

Être capable de rassembler les foules

En plus de proposer des concerts gratuits sur la Grand-Place, cette fête est également diffusée en direct et en prime time sur la Une. Pour le programmateur, sa sélection se base aussi sur les capacités des artistes à assurer sur une grande scène. "Cela peut être préjudiciable pour les jeunes talents s'ils ratent leur prestation." Il faut également faire de l'audience. "Tout le monde n'a peut-être pas l'aura pour rassembler les foules, argumente-t-on au cabinet du ministre-Président. Il faut des noms qui ont quand même un public déjà installé pour avoir un succès en télévision." Pour cette raison, Denis Gérardy déclare aussi ne pas être en mesure d'aller chercher des "artistes trop pointus".

Pour faire le plein de découvertes lors de cette fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il faudra plutôt aller regarder du côté du programme mis en place par Court-Circuit. L’association soutenant l’émergence artistique en Wallonie et à Bruxelles proposera une cinquantaine de concerts gratuits d’artistes, tous issus de la FWB, du 22 au 29 septembre dans différentes salles, entre Arlon (Gros Cœur, Eosine) et Liège (Pierres, Fefeye) en passant par Louvain-la-Neuve (Lubiana, Oniri).